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Les concerts d’Aix en Juin ont mêlé travaux de l’Académie du Festival, lauréats HSBC et propositions décalées

Aix Academy !

• 9 juin 2018⇒30 juin 2018 •
Les concerts d’Aix en Juin ont mêlé travaux de l’Académie du Festival, lauréats HSBC et propositions décalées - Zibeline

En prélude au Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence, les concerts d’Aix en Juin ont mêlé travaux de l’Académie du Festival, lauréats HSBC et propositions décalées, ensemble teinté de nostalgie en vue du départ du directeur Bernard Foccroulle

« La création est le principal moteur de l’opéra, insistait Bernard Foccroulle dans ses “Adieux”, il est essentiel d’accueillir des artistes en résidence, leur présence au sein des institutions est nécessaire pour revivifier ces dernières. La question des publics se pose aussi, ils ne doivent plus être extérieurs aux processus de la création. L’opéra se doit d’être au cœur de la cité, par des formes participatives (ainsi avec la grande Parade d’Orfeo et Majnun). C’est pourquoi l’opéra a besoin de nouvelles narrations, afin de parler de notre époque, de l’interroger ; en cette période de globalisation, il faut aussi penser à instaurer réellement une nouvelle équité entre les cultures ». Émilie Delorme, directrice de l’Académie et des concerts du Festival d’Aix, rappelait comment se sont mis en place de nouveaux processus de création : « L’Académie, véritable laboratoire, nous ouvre à d’autres cultures, d’autres genres. Diversité, inclusion et équité sont la colonne vertébrale de notre travail. Nous repensons le rapport au public, celui entre création et héritage, et cherchons à donner aux jeunes artistes les moyens de s’emparer de l’opéra de demain ». Parallèlement à l’Orchestre des Jeunes de la Méditerranée et ENOA, le nouveau réseau MEDINEA (toutes ces structures fondées grâce au Festival et à l’Académie) soutient l’insertion professionnelle des jeunes artistes en Méditerranée.

Ce sens éclot déjà lors d’Aix en juin.

Talents prometteurs

L’ultime session de la Résidence Mozart de l’Académie, (elle renaîtra sous une autre forme la saison prochaine), se plaçait sous le signe du souvenir et de la mémoire, avec un « mémorable » Remember Mozart intelligemment mis en espace par Leah Hausman. Mozart meurt et son fantôme revient sur certains épisodes de sa vie tumultueuse. Les jeunes interprètes, aux parcours déjà prometteurs et internationaux, apportent leur fraîcheur, leur justesse, leur enthousiasme, se glissent dans chaque rôle avec aisance, jouent, dansent, chantent (voix parfaitement placées, larges, sans emphase, précises), endossant des rôles les plus variés, issus d’œuvres mozartiennes telles Der Schauspieldirektor (Le Directeur de théâtre), La Clémence de Titus, Die Zauberflöte (La Flûte enchantée), Cosi fan tutte, Idoménée, mais aussi de Reynaldo Hahn, charmant « Être adoré… Paris si tu veux m’adopter », mis dans la bouche du jeune Mozart avide de reconnaissance, ou encore quelques passages de Stravinski et de Tchaïkovski. Phrasés, couleurs, sens du legato, articulation nette, soutiennent finement les lignes mélodiques, tandis que les accompagnateurs pianistes savent se couler dans les formes les plus variées, avec une belle intelligence des propos. Attendez-vous à les retrouver sur les plus grandes scènes : sopranos (Felicia Moore, Natalie Pérez, Agathe Peyrat, Emily Pogorelc), mezzo-soprano (Katarzyna Wlodarczyk), ténors (Jonas Hacker, James Ley), barytons (Magnus Ingemund Kjelstad, Leo Hyunho Kim), baryton-basse (Tristan Hambleton), et pianistes (Bojie Yin, Ewa Danilewska, Oleksandr Yankevych).

Lauriers HSBC

Nombre des soirées de juin furent consacrées aux talentueux lauréats HSBC sur les scènes aixoises et de la région. Ainsi, le Trio Sōra (Pauline Chenais, piano, Magdalēna Geka, violon –un Camillus Camilli de 1737-, Angèle Legasa, violoncelle), déclinait sur un ton espiègle et complice l’art du trio avec un égal bonheur, baptisant ses programmes de titres propices à la rêverie, et aux énigmes poétiques de l’oxymore : une Ténébreuse clarté joutait avec les murmures d’une rivière dans le théâtre en plein air du Vallon de l’escale à Saint-Estève Janson, où les bruits de la nature semblaient comme approfondis par la pureté des notes des trios, avec clavier n° 43 en ut majeur de Haydn « le grand-père de la musique de chambre », puis avec piano en la mineur de Ravel, véritable testament musical, (Ravel le composa en tant qu’œuvre posthume, à la veille de son départ pour la guerre) ; Fougue et transparence, grâce à l’acoustique de la cour de l’Hôtel Maynier d’Oppède rendait aux traits du même trio de Haydn leur rondeur, puis se livrait à une excursion dans l’univers contemporain de Vasco Mendonça, et sa pièce Drives, à la mécanique horlogère et théâtrale, dans laquelle s’immiscent de subtiles fissures. Enfin, éclataient la vivacité et les élans d’âme du Trio n°2 op. 66 en do mineur de Mendelssohn. Répondant à un autre titre programmatique, Au crépuscule, la soprano Andreea Soare et le pianiste Florian Caroubi abordaient un répertoire où musique et poésie se fondent : Invitation au voyage avec Ravel et ses Cinq mélodies populaires grecques, scènes de genre et tableautins expressifs où la mesure classique se teinte de rythmes nouveaux, en une rieuse allégresse ; on goûtait encore une autre tradition, celle du chant populaire roumain, par le condisciple de Ravel, Georges Enesco, mais surtout, rareté, Sept chansons de Clément Marot où anachronisme et amour courtois se mêlent avec élégance… Les poèmes d’Herman Hesse se trouvent ensuite enclos dans Les Quatre derniers Lieder de Richard Strauss, servis avec clarté par la voix ample et passionnée de la cantatrice tandis que le piano s’irise et donne à entendre l’invisible par les impalpables trilles de la fin du morceau… Le pianiste Alphonse Cemin partait en solitaire pour des Pèlerinages nostalgiques, où les Reflets dans l’eau de Debussy précédaient de leur « spirale d’or » le diamant ciselé de l’Hommage à Rameau et le Mouvement fantasque que le jeu délicatement articulé de l’interprète nuance et poétise, avant d’endosser les accents bouleversants et brillants du Tombeau de Couperin de Ravel.

Correspondances

En lien avec la Poste, tous les ans, un défi est lancé au festival : trouver une correspondance entre artistes, illustrée de leurs œuvres ! La compagnie de théâtre La Cage, reprenant une expression du librettiste Hugo von Hofmannsthal, « Cacher la profondeur », mettait en scène sa relation épistolaire avec Richard Strauss, pudeur des sentiments, émotions que seule exprime la musique, par les sopranos Marlène Assayag et Andreea Soare, le piano de Roman Lemberg, au cours de véritables passes d’armes dites par Antoine Sarrazin. Ce n’est que la mort de « [s]on second moi » écrit Strauss, qui lui fait reconnaître l’importance de celui qui « harnachait son Pégase ».

Défense et illustration de la mandoline

Quittant les rives « classiques », le Palomar Trio, qui doit son nom au personnage d’Italo Calvino, faisait une démonstration magistrale que rien ne peut enfermer ou compartimenter : ni les genres, ni les instruments. La mandoline électrique de Patrick Vaillant arpente les registres, depuis le trémolo caractéristique de l’instrument à un traitement de guitare rock, soutenue par le tuba aux étonnantes capacités mélodiques de Daniel Malavergne et les percussions (batterie, célestin…) aux arrangements décalés et inventifs de Frédéric Cavallin. Déambulation dans la mémoire, saynètes délicieusement pittoresques, à l’instar du bal de village, comparé par Patrick Vaillant à un « condensé de l’histoire de l’humanité ; la musique, ce n’est pas seulement de la musique, c’est du son et des situations ».

On sourit, on se laisse emporter dans ces paysages où lyrisme et dessin animé se côtoient. Rencontre initiatrice de sens !

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2018

 

Photo: Ténébreuse clarté – Trio Sōra © Vincent Beaume

 

Aix en juin s’est tenu du 9 au 30 juin


Festival International d’Art Lyrique d’Aix en Provence
0820 922 923
http://www.festival-aix.com/