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Vu par Zibeline

Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque lors des Elancées et en PACA

Ailleurs, partout, la Biennale

Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque lors des Elancées et en PACA - Zibeline

Au Théâtre d’Arles, Kitsou Dubois créait R+O, son premier spectacle pour enfants. Poursuivant son travail sur l’apesanteur, c’est une immersion dans l’air et l’eau qu’elle propose, appuyée par des vidéos captées et réalisées en gravité zéro ou dans l’eau. Les images projetées, retravaillées pour ne plus figurer que des ombres pâles, fantasmagoriques, induisent l’imaginaire et rythment les différents tableaux ; en premier plan, Pauline Barboux et Jeanne Ragu, les deux acrobates, vont se laisser porter par les sons envoûtants joués par Cyril Hernandez qui frotte, tape, scande, fait d’une goutte d’eau un instrument sidérant. Ces étranges jumelles évoluent lentement, fragiles dans leurs mouvements, se frôlant dans des équilibres qui semblent précaires mais se complètent parfaitement, suspendues à des cordes ou dansant au bout d’un élastique. Est-ce dans l’eau, est-ce dans l’air ? On aimerait que la confusion perdure, qu’un vertige durable s’empare de nos sens, dessus dessous…

Aux Salins, c’est dans l’univers épuré de Jérôme Thomas et Martin Palisse que s’immergent les imaginaires, au cœur d’un cercle à peine éclairé qui accueille sept jongleurs et une chanteuse lyrique. HIP 127 la constellation des cigognes est un étrange ballet jonglé. Sur la musique de Roland Auzet, le chant monte doucement, a cappella, enveloppant les sept interprètes et leurs mouvements mesurés qui laissent apparaître, comme par enchantement, plumes, cannes, balles et anneaux. Chacun de ces agrès participe de la création d’un songe, engage différemment les corps des jongleurs, couchés, dressés, bondissants ou ralentis, rythme leurs déplacements et leurs interactions. S’en dégage une poésie d’une infinie délicatesse…

À Cavaillon et jusqu’à Gap les scènes nationales accueillent Bestias, sous chapiteau. La Cie le Baro d’Evel est une famille, avec animaux. Dressés ? Si la pie attrape des papiers au vol, si les chevaux galopent et tournent et portent, ils sont surtout caressants, et comme humanisés. L’acrobatie, saut périlleux, portés et main-à-main, devient danse très souvent, envol d’oiseau, prétexte à rire. Il est question de construire un monde nouveau, harmonieux, entre les humains, les animaux et les choses. Aux portes communes de l’exploit discret, de l’enfance et de l’intimité offerte.

Tandis qu’aux Élancées…

À Istres, sous leur chapiteau, les quatre artistes de la Cie La Faux populaire- Le Mort aux dents s’affairent. Sur un plateau de bois tournoyant, au milieu de caisses vides, c’est tout un monde fait de bric et de broc qui saute aux yeux. Un manège au cœur duquel des styles improbables vont se croiser, faits d’ingéniosité, de trouvailles hilarantes et inattendues ! On y trouve pêle-mêle un tango dansé sur des assiettes, un solo de violoncelles et de tintements de bouteilles savamment placées sur le bord tournant, un contreténor vélocipédiste, une porteuse au cadre aérien qui joue de la trompette, un monsieur loyal aux airs ahuris, un numéro de voltige final d’une grâce sidérante… Le tout enrobé d’un humour très pince-sans-rire, qui n’est pas s’en rappeler les Monty Python ou Jacques Tati !

À Cornillon un autre chapiteau saisissait le regard… Une petite chose en réalité, une piste d’1,50 m de diamètre seulement. Dans Le Petit cercle boiteux de mon imaginaire, un clown (Michel Gibe), plein d’espoir, de projets, va essayer de faire en sorte que ses numéros réussissent, si tant est que ça ait un sens. Là, un chien, une poule, un rat, et des musiciens de bois vont l’y aider, ou pas… sans oublier le public, invité à devenir acteur-responsable. Si le propos se veut léger, c’est une toute autre partie qui se joue-là : serait-on capables de lâcher-prise, de « faire le clown » par moment, ne serait-ce que pour aller voir ailleurs si une autre réalité est possible ? Il se trouve que oui… Enfants et adultes, ensemble.

DOMINIQUE MARCON ET AGNES FRESCHEL
Mars 2017

La Biennale Internationale des Arts du Cirque a eu lieu jusqu’au 19 février à Marseille et dans 25 autres villes de Provence-Alpes-Côte d’Azur

Photo : Le Cirque poussière © Philippe Laurençon