Le festival Oh les beaux jours ! : une mine vivifiante de lectures et de rencontres

Ah quels beaux jours !Lu par Zibeline

Le festival Oh les beaux jours ! : une mine vivifiante de lectures et de rencontres - Zibeline

Le succès ne s’est pas démenti pour la 5e édition du festival marseillais de « frictions littéraires », toujours aussi éclectique, inventif, vibrant. Oh les beaux jours ! a rassemblé, le plus souvent en plein air, dans de beaux lieux, un public nombreux, avide de retrouver en live auteur·e·s et artistes.

N’en déplaise aux organisatrices du festival, Fabienne Pavia et Nadia Champesme, la 5e édition d’Oh les beaux jours ! a été un succès. Bien sûr, on peut regretter une (légère) déperdition du public : mi-juillet dans notre région la concurrence est rude, Jazz des 5 continents, Festival d’Avignon, Rencontres d’Arles… N’empêche, il y avait du monde aux rencontres et les spectacles en soirée ont le plus souvent affiché complet. De quoi se réjouir. Et vérifier, s’il en était besoin, que la littérature porte un regard aiguisé sur notre monde. Tous azimuts.

Dans les « cuisines » des écrivain.es

L’un des charmes des rencontres littéraires est de permettre aux lectrices et lecteurs d’entrer dans l’atelier des créatrices et créateurs. D’appréhender l’origine d’un texte, les étapes de sa fabrication. Suivre Joy Sorman dans son immersion d’un an en hôpital psychiatrique, entendre Lisa Mandel raconter la naissance de son album HP, arpenter les territoires des nouveaux féminismes avec Mathilde Blézat et Lucie Geffroy, s’interroger sur les « parents véritables » et sur la fiction familiale en écoutant Pierric Bailly et Thibault Bérard, mieux comprendre pourquoi Maylis de Kerangal et Sylvain Prudhomme ont choisi, en une période confinée, d’écrire des récits courts, « des instantanés » tournés vers l’exploration de l’intime, focalisés « sur un geste, un moment, une émotion » ; comment ils ont organisé la partition de leurs recueils d’« histoires ». Impression d’une invitation personnelle à pénétrer leurs univers. Passionnant. Un peu grisant aussi : on ne sait plus où donner de la tête tant il reste à lire…

De grands entretiens…

La forme du grand entretien, une des spécificités d’Oh les beaux jours !, est plaisante. Une heure trente bon poids de discussion avec un·e écrivain·e -et ses invités-, ponctuée de vidéos, lectures et autres pastilles musicales. Sur le mode intimiste et détendu de la conversation entre amis. Au programme cette année Jonathan Coe, Nancy Huston et Valérie Zenatti.

Interrogé par Yann Nicol, interprété par Marguerite Capelle, le romancier britannique a bien sûr évoqué son dernier ouvrage Billy Wilder et moi, mais il est revenu également sur Le cœur de l’Angleterre, dont il a écrit le début à Marseille lors d’une résidence à La Marelle. Marie-Christine Barrault a lu avec émotion des extraits de ces deux romans (édités chez Gallimard). Une vidéo des traductrices Josée Kamoun et Marguerite Capelle pour souligner combien Coe est « un vrai bonheur à traduire », une du réalisateur Michel Leclerc, tellement fan de Coe qu’il a adapté La vie très privée de Mr Sim (avec le regretté Bacri dans le rôle principal), quelques extraits de films… et comme Coe, non content d’être cinéphile, est aussi mélomane, l’entretien s’est terminé en compagnie de Barbara Carlotti, et sur quelques mesures d’une composition de Mr Coe himself. Un vrai plaisir de bout en bout. Et la joie de retrouver un auteur qu’on aime et son humour so british.

… et de belles nuits

Les soirées ont attiré un public nombreux et très varié. Lectures musicales, concerts, le choix était parfois difficile. Revenons donc plutôt sur une proposition inédite. « On ne pouvait pas faire comme si rien ne s’était passé. » Partant de ce principe, Fabienne Pavia a eu l’excellente idée d’offrir une carte blanche à Nicolas Martin. Le vibrionnant animateur de La méthode scientifique sur France Culture a donc imaginé toute une soirée pour « réapprendre à vivre ensemble ». Démarrage bille en tête avec un zapping glaçant, extrait d’infos des 9 et 30 juin derniers. Après ce « flash fascistoïde », comme il le nomme, « a-t-on envie de continuer à faire société dans ces conditions-là ? ». Bonne question. On aura (presque) toute la nuit pour tenter d’y répondre. Sérieusement (les tables rondes accueillent d’éminents spécialistes) ou pas (des performeurs désopilants sont là pour perturber le dispositif). Car, même si la situation, sociale, politique, écologique, est grave, ce n’est pas une raison pour ne pas en rire. Comme on rit à la lecture des déboires et des questionnements d’Iris, l’héroïne du roman en cours de Chloé Delaume. L’écrivaine en a donné la primeur, de sa voix envoûtante, avec son ton si particulier…

Des débats, des croisements interdisciplinaires, de la profondeur, et toujours le recul salutaire de l’humour. Dommage que la longueur de cette soirée atypique en ait découragé plus d’un et que le concert final se soit déroulé devant un public clairsemé.

FRED ROBERT
Juillet 2021

Le festival Oh les beaux jours ! s’est déroulé dans divers lieux à Marseille du 12 au 18 juillet.
Lire aussi les retours de Gaëlle Cloarec et de Suzanne Canessa.
Nos chroniques livres sont également à retrouver ici.

Photographies :
16-07-21-JonathanCoe ©  NSERVE-OLBJ
17-07-21-VivreEnsemble © NSERVE-OLBJ