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Vu par Zibeline

Agamemnon par D' de Kabal et sa bande, vu aux Salins, à Martigues, remet le politique au cœur du théâtre

Agamemnon à portée

Agamemnon par D' de Kabal  et sa bande, vu aux Salins, à Martigues, remet le politique au cœur du théâtre - Zibeline

Non mais je le crois pas, le mec il a tué sa fille et il revient comme ça, tranquille, il croit quoi ? C’est ainsi qu’échangeaient des lycéens à Martigues après le passage d’Agamemnon par D’ de Kabal et sa bande. La suite de l’échange étant encore plus révélatrice. Ouais mais l’autre, sa femme, c’est pas pour sa fille qu’elle le tue, c’est parce qu’il ramène une folle, et en plus elle elle a un mec…

Agamemnon le père abusif, Clytemnestre la femme infidèle, Cassandre l’illuminée, Iphigénie la sacrifiée, tout est dit, compris, et rapproché de l’expérience commune, celle des histoires qui traversent tous les temps, de la tragédie grecque aux sitcoms, et aux faits divers. Grâce à une simplification, une adaptation, une vulgarisation ? À aucun moment : tout le texte est là, dans un renouvellement intelligent de la tragédie antique, avec son chœur, ses ponctuations musicales, son coryphée, ses tirades…

Depuis 2014 ce véritable opéra tourne sur les scènes et rassemble des publics très divers, de l’adepte du hip hop à celui du théâtre classique. Et chacun y trouve son compte, parce que les acteurs, les chanteurs, les beatboxers sont excellents, et que la musique rythme les déplacements, les textes, les chœurs. Le slam pour dire des vers ? Les percussions corporelles pour ponctuer la déclamation, et servir de seul décor sonore ? Un peu de danse hip hop, dans l’émotion jamais démonstrative, pour dire la tourmente des corps ? Le spectacle, rodé, étonne par sa pertinence, et la perfection des mouvements de groupes, des mélodies à plusieurs voix soufflées aux micros. Parfois le texte commence, seul, peu à peu rythmé, il se slame, se jette, se chante, devient matière sonore, et restitue toute la poésie violente des images.

Mais la justesse du spectacle n’est pas seulement esthétique. Cette conception du chœur remet le politique au cœur du théâtre : il représente le peuple, victime indistincte de la violence de ceux qui le gouvernent, et agissent en tyrans ; il est créolisé, parce que les « choristes » au sens antique portent les visages, les corps, les cultures de la diversité de la société française ; il est global, parce que la musique, le texte, les mouvements, sont portés par tous, ensemble, dans une conception nouvelle, et pourtant aboutie, de l’art de la scène. Et que du coup cet Agamemnon nous parle de nos familles, de l’oppression, de la sauvagerie, et de la possibilité d’écrire ensemble, pour tous, un art nouveau.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2016

Agamemnon a été joué le 21 avril aux Salins, à Martigues

Photo : Agamemnon -c- Christophe Raynaud de Lage


Théâtre des Salins
19 Quai Paul Doumer
13692 Martigues
04 42 49 02 01
www.les-salins.net