Vu par Zibeline

Retour sur le 16e Festival des cinémas d’Afrique du Pays d’Apt

Africapt : Deux jours de voyage

• 9 novembre 2018⇒16 novembre 2018 •
Retour sur le 16e Festival des cinémas d’Afrique du Pays d’Apt - Zibeline

La mer, une pirogue, des pêcheurs sénégalais aux gilets multicolores qui remontent, à la force de leurs bras et au rythme de leurs chants, des sardinelles, des raies, sont attendus sur le rivage de Kafountine par des porteurs venus de pays voisins : Mali, Guinée, Burkina… Une région où la pêche permet encore à des milliers d’habitants de (sur)vivre ; ici on sèche, on fume, on trie, on met en sac le poisson, mettant en danger sa santé et aussi la forêt. Les fumées des fours artisanaux empoisonnent les poumons et la déforestation en Casamance s’accentue. La création d’usines modernes où on fabrique de la farine de poisson destinée à l’exportation fait peur aux habitants, craignant d’être privés de leur moyen de subsistance. Dans Poisson d’or, poisson africain, Thomas Grand et Moussa Diop ont donné la parole à ces hommes, nous faisant partager leurs interrogations, leurs craintes et pointent la question de l’épuisement des ressources naturelles.

Question essentielle aussi dans le documentaire, Silas, où les réalisatrices Hawa Essuman et Anjali Nayar font le portrait de Silas Siakor, qui se bat au Libéria contre l’abattage clandestin du bois et la cession aux multinationales des terres des communautés villageoises. Elles nous racontent à travers lui l’histoire de ce pays dévasté par 25 ans de guerres civiles et l’épidémie d’Ebola, depuis les premières élections démocratiques et la victoire d’Ellen Johnson Sirleaf, dont on nous montre peu à peu la corruption. Un film dense qui aborde aussi bien les enjeux écologiques, économiques que la question : peut-on rester intègre quand on accède au pouvoir ?

C’est un autre combat qu’on suit dans le film courageux de Dieudo Hamadi, Kinshasa Makambo. Rues de Kinshasa jonchées de détritus, voitures qui brûlent, jeunes qui crient leur colère contre Kabila, répression policière violente. La caméra portée entre au cœur du combat pour des élections libres, contre le 3e mandat du dictateur, entre 2016 et 2017. Ben, revenu d’exil et que sa famille veut protéger, Jean-Marie, torturé, fraîchement libéré, et Christian, militant du parti d’opposition, débattent sur la stratégie à adopter. À travers leurs discussions, le réalisateur congolais pose la question du choix de la lutte : faut-il privilégier la voie du dialogue comme le prône Étienne Tshisekedi ou, au contraire, se battre dans la rue et risquer morts et blessés ?

Poisonous roses nous emmène dans le quartier des tanneurs au Caire, sur les traces de Taheya, une jeune fille qui voue une passion quasi obsessionnelle à son frère Saqr, lui apportant chaque jour au travail sa gamelle, veillant constamment à son bien-être, l’enfermant ainsi peu à peu dans les filets de son amour. Prête à tout pour le garder, elle est elle-même prisonnière de sa jalousie maladive. Le réalisateur égyptien, Ahmed Fawzi Saleh, a su rendre dans son premier long métrage de fiction, superbement filmé, l’ambiance du quartier, souvent glauque : les eaux d’écoulement qui changent de couleur, les gestes des tanneurs, l’odeur des peaux. Un film sur l’enfermement, peut-être une parabole sur la société égyptienne qui se ferme…

Annie Gava
Novembre 2018

Photo: Poisonous roses, de Ahmed Fawzi Saleh © Haut les Mains

Le 16e Festival des Cinémas d’Afrique s’est tenu du 9 au 16 novembre au cinéma Le César d’Apt.


Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
12 place Jules Ferry
84400 Apt
07 82 64 84 99
http://www.africapt-festival.fr/