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Les personnages terribles de Giorgio Scianna « Manquent à l’appel »

Ados missiles

Les personnages terribles de Giorgio Scianna « Manquent à l’appel » - Zibeline

 « Chaque révolte est nostalgie d’innocence. » Cette phrase de Camus est en exergue de Manquent à l’appel, le roman de Giorgio Scianna, qui place l’adolescence au cœur du sujet. Quatre jeunes garçons sont les protagonistes, Lorenzo, Anto, Ivan et Roberto. Ils sont au lycée, dans une ville du nord de l’Italie, élèves sans histoires, ils passeront bientôt le Bac. Ils font comme tous les ados : la drague, les filles, le foot, la musique, Internet, la fête, les délires, l’ivresse d’alcool, parfois, l’ivresse de vie, toujours. Rassasier cette ivresse, la combler d’un idéal, croire à l’avenir, s’engager, vivre à fond. Comme un missile qui sait où il va. Sous influence, peut-être, mais avec conviction. Ce qui compte surtout, à cet âge-là, c’est l’adrénaline. Sans jamais porter de jugement, au contraire, et avec une grande justesse dans la description des adolescents et de leur comportement, Giorgio Scianna nous entrouvre les portes de leur monde. Son écriture alterne entre narration neutre et récit à la première personne fait par Lorenzo. « J’ai honte, non pas d’être parti, mais d’être revenu. Voilà ma seule faute : je n’y suis pas arrivé », dit d’emblée le jeune homme. Ses trois potes, eux, sont là où ils ont rêvé d’être, sur le front en Syrie, aux côtés des combattants de DAESH. Enfin. Comme dans toutes ces vidéos que tous quatre ont vues et revues. Lui, le boiteux, a été recalé par le passeur au pied d’une montagne de Turquie. Il est rentré en Italie. La police, les familles de ses amis, les profs du lycée, les filles de sa classe, tous veulent savoir où sont les autres. Pourquoi sont-ils partis ? Que font-ils là-bas ? Lorenzo se terre dans le silence. L’angoisse des adultes, même celle de ses parents, ne l’atteint pas. Les flics, ou son père, ont beau scruter Facebook ou Instagram, que pourraient-ils comprendre ? L’enjeu, c’est le groupe, et ne pas le trahir. Quel que soit l’objectif final. Aller à un festival de musique électro ou faire la guerre en Syrie. L’important, c’est d’être ensemble.

JAN-CYRIL SALEMI
Janvier 2018

Manquent à l’appel Giorgio Scianna, traduit de l’italien par Marianne Faurobert.
Éditions Liana Levi 18 €