Les compositions de Bruno Ducol, entre poésie et sonorités antiques, fascinent

AdonaïsVu par Zibeline

Les compositions de Bruno Ducol, entre poésie et sonorités antiques, fascinent - Zibeline

Composées entre 2014 et 2016, les pièces de Bruno Ducol brillent autant par leur audace que dans leur facilité à happer l’auditeur. Si rare et singulier qu’il soit, le langage évoque ici des rivages familiers tout en s’aventurant sur le terrain d’une grande inconnue : le lyrisme antique, réunissant la poésie et la musique en un seul geste aujourd’hui seulement partiellement déchiffrable. Entre musique et parole, le sprechgesang du Pierrot Lunaire se fraie ici un chemin grâce au timbre éthéré de Laura Holm, qui sait convoquer le temps de gracieux sauts de quartes cette expressivité toute théâtrale sur sa pièce soliste Tout le jaune se meurt. Sur Adonaïs ou l’air et les songes, la volubilité de la voix se mêle aux interventions mouvantes du décidément irréprochable Quatuor Béla, qui s’étendent des pizzicati aux tappings de rigueur. La poésie de Shelley célèbre ici « la beauté nue de la nature », qui prend en musique des atours mystiques. La flûte de Julie Bruet-Jailly rappelle elle aussi les mélopées de Schönberg, le temps d’un Hymne au Soleil qui mêle la permanence du souffle au tranchant des cordes. La bouffée se fait aussi méditative sur A Corinna II, ode silencieuse à une poétesse oubliée, qui sait recréer le flou de la temporalité lyrique en adossant aux textes lacunaires une rythmique poreuse. L’idéal antique, en somme, qui semble ici à portée d’oreille.

SUZANNE CANESSA
Janvier 2021

Quatuor Béla, Laura Holm & Julie Brunet-Jailly
Adonaïs de Bruno Ducol
Klarthe, 15 €