ADN, dernier long-métrage de Maïwenn, en salles le 28 octobre

ADNVu par Zibeline

• 24 octobre 2020⇒30 novembre 2020 •
ADN, dernier long-métrage de Maïwenn, en salles le 28 octobre - Zibeline

Il y a 14 ans, le premier film de Maïwenn, Pardonnez-moi, mettait en scène ses relations familiales compliquées. Violette, enceinte, tournait un film pour que le bébé à naître sache d’où il venait. L’origine, que ce soit celle d’un pays, d’une rupture ou d’une névrose, le deuil d’une relation ou d’un être aimé, la mémoire et ce qu’on en fait, restent les sujets de son dernier film : ADN. Elle y interprète Neige, divorcée, mère de trois enfants, algérienne par son X, vietnamienne par son Y. Il y a sa mère dure, mal aimante, un peu folle (admirable Fanny Ardant !), son père borderline (Alain Françon), sa fratrie avec laquelle la communication passe mal, son ex-compagnon complice et railleur (Louis Garrel). Mais surtout son grand-père algérien, Emir Fellah (Omar Marwan), pilier de cette famille fracturée, héros communiste de la décolonisation, atteint par la maladie d’Alzheimer. Sa mort dans un Ehpad crée un séisme et une crise identitaire chez Neige. Le film, écrit avec Mathieu Demy, mêle rires et larmes et s’articule en deux parties. La première raconte les derniers moments du vieil homme, la réunion de la tribu autour d’un livre qui lui est consacré, puis sa mort, la préparation de ses funérailles et la crémation, et penche vers la comédie noire.

Maïwenn excelle à concrétiser le cocasse dans le drame : le choix du bois d’un cercueil, celui du coloris du molleton génèrent ainsi des chamailleries révélant les différences de perception du deuil et la personnalité de chacun : ira-t-on à la mosquée ou pas ? Faut-il rendre hommage à l’homme de 20 ans ou au vieillard de 93 ? Qu’aurait il voulu ? La réalisatrice donne voix et arguments à tous les membres de la famille et Neige n’a pas forcément raison. La deuxième partie du film suit la dérive de la jeune femme dans son chagrin et la quête de ses racines, déclinant les rappels historiques. La surenchère des signes d’appartenance à la culture algérienne jusque dans le générique, le discours « politique » semblent un peu hors sol. C’est la marque de fabrique de Maïwenn : elle en fait toujours un peu trop. Certains y voient sincérité et liberté. D’autres maladresse et excès de zèle. Mais quelque soit le parti pris, ce que montre le film, c’est que cet ADN affiché par le titre n’est pas seulement une donnée scientifique objective définissant un individu. La filiation se choisit aussi, se construit par les lectures, le roman familial, se transmet par l’amour. Revendiquée ou pas, elle crée un lien indéfectible au-delà des dissensions.

ELISE PADOVANI
Septembre 2020

ADN, de Maïwenn, sort le 28 octobre (1h30).
Ecouter ici notre entretien avec la réalisatrice.

Photo : ADN © Malgosia Abramowska