Le cœur de l’Angleterre de Jonathan Coe, publié par les éditions Gallimard

Adieu, vieille Angleterre, adieu

Le cœur de l’Angleterre de Jonathan Coe, publié par les éditions Gallimard - Zibeline

Ces paroles nostalgiques et la mélodie mélancolique de Shirley Collins (une chanteuse folk du Sussex) ouvrent et clôturent Le cœur de l’Angleterre, dernier -et formidable- ouvrage de Jonathan Coe. Rien ne va plus dans la Middle England (titre original du roman) et, une fois de plus, le romancier britannique fait la preuve de son indéniable talent à peindre les paradoxes et les affres qu’affronte son pays divisé. Tandis que le tonitruant Boris Johnson semble vouloir conduire le Royaume-Uni vers une sortie de l’UE sans accord, la fiction de Coe remonte aux sources de ce Brexit (initialement appelé Brixit, apprend-on au cours du livre), qui a bouleversé la vie du pays. L’action débute en 2010 lorsque se met en place le gouvernement de coalition de David Cameron qui amènera au fameux référendum. C’est aussi sur l’enterrement de Mrs Trotter que s’ouvre le roman. Nous voici donc, après Bienvenue au club et Le cercle fermé, de retour au sein de la famille Trotter et de ses proches. Une des forces du livre tient dans cette habileté à tricoter destin national et histoires individuelles, à montrer combien sont violentes et douloureuses les répercussions privées des discordes politiques et sociales. On suit donc Benjamin, sa sœur Lois, sa nièce Sophie, son ami Doug et quelques autres jusqu’en septembre 2018, dans leurs hésitations, leurs choix parfois difficiles, leurs ruptures et leurs retrouvailles… Là réside l’autre grande qualité de Ce cœur de l’Angleterre, dans la façon subtile d’envisager les personnages, dans le regard attendri et vaguement moqueur que semble porter sur eux le romancier, même (et peut-être surtout) sur celui qui lui ressemble le plus, Benjamin. Et s’il y a nostalgie, d’un passé plus glorieux, d’un royaume plus uni, il y a toujours aussi l’espoir de dépasser les antagonismes, de restaurer la tolérance… en famille, dans le couple, avec les amis. C’est donc une douce mélancolie qui baigne ce roman, à lire absolument pour qui veut sentir battre « le cœur de l’Angleterre ». Un cœur fragile, mais palpitant de tendresse. Malgré tout…

FRED ROBERT
Octobre 2019

L’écrivain était présent aux Correspondances de Manosque

Le cœur de l’Angleterre
Jonathan Coe traduit de l’anglais par Josée Kamoun
Editions Gallimard 23 €