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La vie parfaite de Silvia Avallone : une jeune génération sans repères dans l'Italie de Berlusconi

Adele, Dora, Rosaria et les autres

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En 2010, D’Acier racontait l’amitié compliquée de deux adolescentes à Piombino, entre aciéries et plage. Un premier roman percutant, couronné d’un succès immédiat (plus de 500 000 exemplaires vendus et une adaptation pour le cinéma). Quatre ans plus tard, Marina Bellezza évoquait les rêves (illusions ?) de célébrité télévisuelle de l’héroïne éponyme. Avec La vie parfaite, Silvia Avallone poursuit son exploration d’une génération (la sienne) en pertes de repères, dans une Italie durement touchée par la crise et la sous-culture démagogique des « années Berlusconi ». En imaginant une fois encore des figures féminines, jeunes pour la plupart, dont la vie a peu à voir avec le titre. « La vie n’est pas parfaite, […] jamais. Vue de n’importe où, de n’importe quel banc. » Cette réflexion d’une des protagonistes, toutes pourraient se la faire. N’empêche, elles y vont. En tête, la jeune Adele qui, un matin de Pâques a pris le bus pour aller accoucher, seule, d’un bébé fille qu’elle ne veut pas, ne peut pas garder. Et aussi Dora, la trentaine, prof de lycée, que le désir d’enfant taraude depuis longtemps. Et Rosaria, la mère d’Adele, qui passe son temps à compter et voudrait tellement pour ses deux filles une autre existence que la sienne. Pas facile d’échapper à son quartier, surtout quand il s’appelle les Lombriconi (les gros lombrics !), ni au déterminisme social qui fait de la plupart des hommes des maris violents, des losers ou des malfrats qui finissent derrière les barreaux. Dans la cité d’Adele, ce sont les femmes qui triment, qui élèvent les enfants, tandis que sur les écrans défilent les fastes des feuilletons américains et les millions des jeux télévisés. Avallone excelle à rendre l’atmosphère de ces immeubles où l’on n’ignore rien de la vie du voisin, les relations mi-tendres mi-brutales qui lient les membres de cette communauté dont l’urgence est de survivre. Ce que font certains avec talent. Claudia, la copine d’Adele, se filme et se poste sur le net. Zeno, le seul à fréquenter un lycée du centre-ville, se rêve en romancier. Car si on ne peut pas quitter le quartier, « on peut le raconter ». Mené avec brio, ce troisième roman confirme la force et le charme de la voix singulière de Silvia Avallone. Sa foi dans les vertus salvatrices de la littérature aussi.

FRED ROBERT
Mars 2019

La vie parfaite Silvia Avallone, traduction Françoise Brun
Le roman, paru aux éditions Liana Levi en 2018, sera disponible dans la collection « Piccolo » le 4 avril (12 €)