Adam, le premier né de Maryam Touzani : un film sobre et intense

AdamVu par Zibeline

• 5 février 2020⇒12 février 2020 •
Adam, le premier né de Maryam Touzani : un film sobre et intense  - Zibeline

Dans les ruelles de la médina de Casablanca, Samia (Nisrin Erradi) cherche sans succès à se faire embaucher dans un salon de coiffure. La caméra la suit, titubante, frappant aux portes pour proposer ses services. Elle est enceinte de 8 mois, séparée des siens, sans abri, victime de mœurs archaïques poussant les filles mères à abandonner les bébés du péché. Abla (Lubna Azabal), depuis la mort de son mari, a banni de son visage le sourire, de son cœur la joie, de sa vie la musique. Réduite à la mécanique de ses gestes quotidiens, elle tient un commerce de msemen et autres pâtisseries à emporter, s’occupant avec une rigueur excessive de Warda, sa fillette de huit ans. Après quelques hésitations Abla offrira vivre et couvert à Samia jusqu’à son accouchement…

La réalisatrice Maryam Touzani a connu dans son enfance une Samia que sa famille avait accueillie. Adam, son premier long métrage, sélectionné à Cannes en 2019, reprend cet épisode qui l’a profondément marquée. Dans le clair obscur de la maison-boutique, soigneusement créé par la chef op Virginie Surdej, dans un quasi huis clos, au plus près des visages, des corps, des mains qui pétrissent, aplatissent, retournent la pâte, se façonne une complicité féminine favorisée par la force de vie et de compassion de Warda. La petite fille (incarnée avec une grande maturité par Douae Belkhaouda) porte le nom de la diva populaire marocaine qui ne s’invitera dans la bande son que lorsque Samia aura forcé Abla à écouter les sentiments qui palpitent encore au creux de son ventre.

Adam, c’est un film intime osant le silence, l’absence de musique, de discours explicatifs, un film centré sur la rencontre entre deux femmes prisonnières de leur solitude, s’apprivoisant peu à peu. C’est aussi un film social qui, à l’instar de Razzia co-écrit avec le compagnon de la réalisatrice Nabil Ayouch, producteur d’Adam, explore les tabous de la société marocaine. C’est enfin un film de femmes au titre singulièrement masculin et fondateur : Adam, qu’on peut traduire par homme. Ce sera le prénom du bébé de Samia, porteuse de cette humanité-là. Et rien ne pourra jamais justifier que le statut de cet enfant soit différent de celui des enfants légitimes, comme rien ne peut justifier que sa mère n’ait d’autre choix que de l’abandonner.

ELISE PADOVANI
Janvier 2020

Adam présenté en avant première au cinéma Le Mazarin à Aix-en-Provence le 23 janvier sort en salles le 5 février

Photo : © Ad Vitam

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