Vu par Zibeline

Retours sur les premiers spectacles du Festival

Actoral affirme sa vitalité artistique

Retours sur les premiers spectacles du Festival - Zibeline

Horde et désordres

Pour ses premiers pas en tant que directeur du Ballet National de Marseille, (LA)HORDE était l’invité visiblement très attendue de la soirée d’ouverture d’Actoral au Mucem. Pendant plus de deux heures, les reprises de Master’s Tools et Reenactment, performances et vidéo, ont permis d’entrer de plain-pied dans l’univers de ce collectif pluridisciplinaire à la vision artistique éminemment contemporaine et politique. Sur le parvis, une limousine taguée du slogan « We the people » (« Nous le peuple ») est lascivement assiégée par les danseurs du BNM. Tandis que sur le sol, un autre slogan, « Demain est annulé », disparaît sous la vapeur d’une lessiveuse. Dans différents espaces du musée, duos et trios quasi-immobiles restituent des scènes de combat où la brutalité induite par la position des corps est contrebalancée par la douceur des gestes. Dans l’entrée, un écran géant diffuse des scènes d’émeutes performées. Autre forme de révolte, des danseurs et une danseuse de jumpstyle évoluent au rythme d’un beat crescendo, entre individualités sensibles et bandes formatées.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2019

Les performances de (LA)HORDE ont eu lieu le 20 septembre lors de la soirée d’ouverture, au Mucem, à Marseille

 

Exquises esquisses vivantes

Habitué d’Actoral, Alexander Vantournhout prenait le relai de (LA)HORDE pour clôturer la soirée d’ouverture du festival. Parfait contrepoint : aux assauts furieux des jumpers répondaient les sculptures corporelles, quasi abstraites, de cinq acrobates. Sur plusieurs étages du Mucem, les performances prenaient l’allure de figures impossibles, tout en contrepoids et échanges de gravité. Toujours, l’épure et la délicatesse chères au circassien flamand, augmentées d’une bonne dose de ludisme : cinq artistes, dix membres enchevêtrés pour autant de combinaisons inédites, donnant l’occasion d’épier une bête à deux dos, ou les étreintes d’un duo suspendu par les pieds… En fil rouge, la mise en jeu de corps contraints par des chaussures à crampon, se figeant en un bruit mat sur le bois du toit terrasse du musée, ou encore par une boule de bowling lestant la main d’un danseur, le freinant puis l’emportant dans son élan.

JULIE BORDENAVE
Septembre 2019

Screws jouait les 20 et 21 septembre au Mucem, Marseille

 

Une naissance poussive

L’hommage de Maxime Kurvers aux hérauts du tragique

Julien Geffroy nous prévient tout de suite : la tragédie n’est pas apparue un beau matin. « C’est un long processus d’accompagnement du développement de l’humanité » que l’acteur, accoutré de plusieurs couches de vêtements semblant avoir traversé les siècles, va tenter d’exposer. Si Thespis est considéré comme le premier acteur ambulant d’Occident au VIe siècle avant notre ère, on s’accorde généralement sur la première représentation des Perses d’Eschyle en -472, au théâtre Dionysos, sur l’Acropole d’Athènes, pour acter La naissance de la tragédie. Démarre alors une épopée d’une bonne heure et demie que l’auteur et metteur en scène Maxime Kurvers a voulu pédagogique et habitée. Et surtout, dans un aller-retour permanent entre, d’un côté, la mythologie et l’histoire, supports de l’œuvre et, de l’autre, le récit même de la reconstitution théâtrale, autrement dit ce que l’on sait de cet acte fondateur de l’histoire du théâtre. Jusqu’à susciter un sentiment d’indifférenciation entre la fiction jouée et la réalité admise. Kurvers, à travers le personnage de Geffroy, veut rappeler la prééminence du rôle de l’interprète dans la puissance du tragique. Peu importe la cruauté insoutenable des scènes, peu importe la dimension fantastique voire irrationnelle de l’œuvre, l’art dramatique est art et émotion parce qu’il est incarné. Depuis Eschyle et pour longtemps. L’exercice n’était pas sans risque et le résultat n’évite pas tous les écueils. Malgré une belle performance d’acteur, les ressorts voulus comiques sont parfois grippés. Dans un registre qui surdose l’emphase, le spectateur n’est pas toujours immunisé contre l’ennui.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2019

La naissance de la tragédie a été jouée les 24 et 25 septembre au théâtre des Bernardines, à Marseille

Photos (LA)HORDE © Marc-Antoine Serra
Screws, Alexander Vantournhout © Marc-Antoine Serra
La naissance de la tragedie, Maxime Kurvers © Willy Vainqueur


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08 2013 2013
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