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Le paysagiste Gilles Clément fait déborder la plus grande bibliothèque de Marseille

Accueillir les vagabondes

Le paysagiste Gilles Clément fait déborder la plus grande bibliothèque de Marseille - Zibeline

Le 13 février, il fallait arriver tôt pour trouver une place encore libre dans l’auditorium de la BMVR Alcazar : la venue de Gilles Clément, invité par Opera Mundi à donner une conférence dans le cadre de son cycle Le vivant dans tous ses états, a drainé un large public. À tel point qu’il a fallu prévoir une projection dans le hall d’entrée de la bibliothèque, pour accueillir les visiteurs en surnombre. Les ateliers philo adultes et enfants, et la conférence abécédaire destinée au jeune public, qui complétaient ce Grand format, ont également fait le plein.

C’est dire si la parole de ce paysagiste, théoricien du « Tiers-Paysage », élément du « Jardin Planétaire » qui désigne les espaces de plus en plus restreints où l’homme laisse l’évolution des lieux à la seule nature, était attendue. À mesure que les interrogations liées à la destruction de l’environnement se font plus anxieuses, le désir de participer à une réflexion de fond sur nos pratiques devient plus prononcé. À Marseille se crée d’ailleurs une Cité de l’Agriculture* pour fédérer circuits courts, jardinage urbain, permaculture, agro-foresterie et mille autres propositions concrètes.

Selon Gilles Clément, la planète entière peut être regardée comme un jardin, soit « un rêve : le lieu où l’on place ce que l’on veut protéger ». D’après lui, « certains ne le savent pas, tous ne sont pas bons, mais les habitants de la Terre sont des jardiniers ». Un optimisme qui n’empêche pas la lucidité du constat ! À Dubaï, en plein désert, on cultive irrationnellement toutes les fleurs du monde, on répand de la neige sur des pistes de ski artificielles. En Californie, où il ne pleut plus sous les effets du réchauffement climatique, on peint les sols en vert pelouse. « Savez-vous qu’il faut aussi arroser les gazons en plastique, sinon ils brûlent sous le soleil ? »

Le paysagiste recommande, pour quitter le « stupidocène », de se débarrasser de l’illusion de la maîtrise ; déplorant que le culte des machines et de la chimie soit encore enseigné dans les lycées agricoles. Et suggère « d’accueillir les vagabondes », ces plantes qui poussent spontanément dans nos interstices.

GAËLLE CLOAREC
Février 2018

*La Cité de l’Agriculture organise du 20 au 22 avril à Marseille Les 48h de l’Agriculture urbaine.

Photo : Coquelicots -c- G.C.


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