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La jungle de Calais photographiée par Henk Wildschut : Shelter exposé à la galerie Voies Off d'Arles

Abris sans fortune

La jungle de Calais photographiée par Henk Wildschut : Shelter exposé à la galerie Voies Off d'Arles - Zibeline

Mer, mythe, épopée et sirènes ne riment pas forcément avec bonne fortune confrontés au principe de réalité. Pour preuve la série Shelter de Henk Wildschut à la galerie Voies Off.

Passer la mer ou faire la manche ?

Dans la continuité d’un premier reportage sur les campements d’urgence suite aux tremblements de terre au Pakistan, le photographe néerlandais entame en 2005 un projet sur les émigrés illégaux de Calais. Il en sera tiré un livre et un film objets de plusieurs récompenses. Une sélection d’une quinzaine de photographies de grand format nous est présentée, appliquées directement sur les murs de la galerie, vouées ainsi à disparaître. Parti pris clair et cohérent en regard du sujet tout empreint des problèmes de précarité.

L’auteur témoigne sans misérabilisme ni sensationnalisme du vernis de l’imagerie photographique. Quand nombre des projets sur la jungle calaisienne s’attachent aux personnes (Marion Osmont, Des hommes vivent ici), la majorité des clichés de Wildschut se passe de leur présence. Ses images semblent dire j’étais là, j’ai vu. Avec la bonne distance. En témoin et martyr. Car un martyr c’est à la fois celui qui témoigne et celui qui subit (du grec μάρτυς / mártus «témoin»). Journaliste comme martyr, refusant d’abjurer sa foi en son rôle d’informateur, de témoin, c’est celui qui rend compte du martyre de ses semblables. C’est aussi une façon de concevoir une forme nouvelle au travail sensible du photo-reportage en une période où ce domaine subit une profonde crise. Ou une mutation.

Ces cabanes d’urgence de bric et de broc prennent une valeur universelle, renvoyant à toutes les formes de précarité. Ce sont celles aussi de l’enfance mais bien plus gravement celles que l’on subit qu’on soit indigène ou en exil. Shelter, abri de fortune. L’expression française prise à lettre induit un terrible oxymore. Il n’y a pas de châteaux à Calais. Les images de Henk Wildschut en témoignent.

CLAUDE LORIN
Avril 2013

Henk Wildschut : Shelter

jusqu’au 9 juin

Galerie Voies Off, Arles

 


Voies Off
26 ter rue Raspail
13200 Arles
04 90 96 93 82
http://www.voies-off.com/