Abou Leila, premier long-métrage coup-de-poing d'Amin Sidi-Boumédiène

Abou LeilaVu par Zibeline

• 14 juillet 2020⇒21 août 2020 •
Abou Leila, premier long-métrage coup-de-poing d'Amin Sidi-Boumédiène - Zibeline

1994 : dans l’Algérie en proie au terrorisme des GIA (Groupes Islamiques Armés), deux hommes, S. et Lotfi, parcourent le Sahara en voiture à la recherche du dangereux terroriste Abou Leïla. Lotfi parvient à garder la tête sur les épaules mais S. semble sombrer de plus en plus dans la folie tandis que le duo s’éloigne d’Alger…

Abou Leila est un trip halluciné peuplé de symboles où la violence devient une fatalité, où le décor à la fois coloré et dépeuplé évoque tout d’abord le tragique du western spaghetti pour mieux glisser vers l’étrangeté et la densité d’un Apocalypse Now. Le spectateur, captivé, peine à se raccrocher à un élément narratif tangible, ce qui accentue l’incertitude et le malaise. De rencontre en rencontre, les personnages s’enfoncent dans un voyage sans retour où la quête initiale du terroriste paraît vite secondaire, et où le conte se fraie peu à peu un chemin.

Amin Sidi-Boumédiène dresse avec ce premier long-métrage particulièrement inspiré et maîtrisé un tableau d’une rare noirceur. On y découvre une société en manque de repères, déboussolée et traumatisée par la brutalité de son quotidien. La scène d’ouverture nous introduit dans un univers où la violence la plus gratuite s’est banalisée et peut apparaître à chaque coin de rue, au détour de chaque plan. La démence surgit de l’indicibilité de cette angoisse permanente, et du désir de symbole et d’imaginaire que le traumatisme suscite. Le personnage de S., incarné par Slimane Benouari, remarquable, résume à lui seul cette dissociation sourde. Son compère Lyes Salem excelle également dans le rôle moins tourmenté mais néanmoins complexe de Lotfi. La photographie du chef opérateur Kanamé Onoyama et l’ambiance sonore très travaillée par Benjamin Lécuyer et Nassim El Mounabbih participent à la tension du film et à la bascule fluide entre réalité et hallucinations : l’onirisme confine tantôt au réalisme magique, tantôt à l’âpreté du réel. Glaçant.

SUZANNE CANESSA
Mars 2020

Abou Leila, de Amin Sidi-Boumédiène (2h13) : sortie le 15 juillet

Photo © UFO Distribution