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Vu par Zibeline

Retour sur l'exposition Visages / Picasso, Magritte, Warhol à la Vieille Charité

À visage découvert

• 21 février 2014⇒22 juin 2014 •
Retour sur l'exposition Visages / Picasso, Magritte, Warhol à la Vieille Charité - Zibeline

Dans la lignée des expositions patrimoniales, le Centre de la Vieille Charité présente Visages / Picasso, Magritte, Warhol autour d’un thème éternel mais sans cesse revisité : le portrait. L’occasion, rare, de croiser dans un même ensemble Schlemmer, Picasso, Saura, Severini, Baselitz côte-à-côte avec Basquiat, Mapplethorpe ou Gilles Barbier…
Plus que le portrait, trop réducteur selon Christine Poullain, directrice des musées de Marseille et commissaire de l’exposition, c’est le visage dans toute son acceptation plurielle qui a déterminé ses choix artistiques : l’effacement du visage, le fantasme, la force du désir, la traversée du miroir, l’inconscient… Et ses choix scénographiques avec des séquences thématiques plutôt que chronologiques : les visages de la société (scènes de rues, de café, de bureaux chères à Georges Grosz en 1925 comme à Laetitia Molenaar qui détourne Hopper en 2012) ; les visages de l’intime (dans l’atelier d’Anton Räderscheidt en 1928 ou dans la chambre de Nan Golding dans les années 1983/87) ; les visages de l’esprit (scènes théâtrales prisées de l’école surréaliste influencée par la psychanalyse par exemple, figures défigurées de Bacon, anamorphoses…). L’objectif étant de montrer, à travers 150 œuvres de 90 artistes, l’évolution des codes picturaux du XXe siècle à nos jours, l’expression du sujet par rapport à lui-même et à l’altérité, la fascination du visage, les mutations de sa représentation et de son évocation jusqu’à épouser l’introspection du journal intime.
Le découpage de l’exposition est savant mais il est introduit de manière étrange par un sas où sont confinés la sculpture de George Segal, Movie house (entrée de cinéma ou la caissière) créée en 1966/67 avec des peintures du Mouvement de la nouvelle objectivité des années 1920/25, à quelques «centimètres» de Dubuffet, Hélion, Arroyo et Giacometti ! Une présence berlinoise très forte que rien, a priori, ne justifie… Le grand écart est osé, voire malhabile, et l’accrochage réserve d’autres cohabitations incertaines, notamment entre les figures en pied sur fond bleu de Djamel Tatah et Marc Desgrandchamps qui «s’annulent» l’une et l’autre. Ou, a contrario, un éloignement surprenant entre les photographies de Mapplethorpe et de Nan Goldin dont le cousinage serait pertinent. Quand il ne met pas à l’abri des regards de façon radicale, derrière un paravent,  un ensemble de photographies de Raoul Hausmann  et la photo couleur de Valérie Jouve acquise par le Frac ((Sans titre) les personnages avec le petit François), tous deux insoupçonnables sauf à être équipé d’un sourcier… Loin des regards encore, en fin de course, un petit espace aux allures d’alcôve est habité par trois pièces érotiques : des statuettes égyptiennes en terre émaillée, la peinture aux couleurs exacerbées de Glenn Brown The Great Masturbator et la sculpture de Paul MacCarthy Spaghetti Man au sexe extraverti ! Une précaution hors d’âge à l’heure où les jeunes spectateurs surfent sur la toile…
Si tous les médiums sont richement représentés -avec un choix audacieux de sculptures dans la Chapelle- l’absence de la vidéo est difficilement justifiable quand on sait sa force conceptuelle et formelle sur ce même thème du visage humain, social et spirituel. Revoir Bill Viola par exemple ou William Kentridge n’aurait pas été superflu. Quelques réserves donc empêchent de jouir à cent pour cent des chefs-d’œuvre (Picasso, Bonnard, Man Ray, Chirico, Bellmer…), des pièces maitresses (série de photographies iconiques de Vik Muniz et de Warhol, plâtres et bronzes de Victor Brauner des années 1942/45…) et des belles découvertes (œuvre graphique de Robert Longo, Men in the Cities) qui sont le miroir de notre propre visage au fil du temps.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2014

À voir
Visages / Picasso, Magritte, Warhol
jusqu’au 22 juin
Centre de la Vieille Charité, Marseille 2e
www.marseille.fr

En prolongement
Visages… au commencement
jusqu’au 22 juin
Musée d’archéologie méditerranéenne, Marseille 2e
www.marseille.fr

À lire
Visages / Picasso, Magritte, Warhol
Textes Christine Poulain, Sylvie Courtine-Denamy, Alexis Chiari, Guillaume Theulière
Coédition Musées de Marseille et Réunion des musées nationaux, 35 €

 

À écouter sur WRZ : l’interview de Christine Poullain, directrice des Musées de Marseille et commissaire de l’exposition, s’écoute ici

 

Photo : Antonio Saura, Ritva dans son fauteuil, 1985, huile sur toile, 195 x 159 cm, Marseille, Musée Cantini © succession Antonio Saura, Adagp, Paris, 2014 © David Giancatarina


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