Vu par Zibeline

Les théâtres du Jeu de paume et des Salins présentent Elena de Francesco Cavalli

À ravir !

• 7 juillet 2013⇒21 juillet 2013, 25 juillet 2013, 27 juillet 2013 •
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Les théâtres du Jeu de paume et des Salins présentent Elena de Francesco Cavalli - Zibeline

Le Dramma per musica de Francesco Cavalli, Elena, n’avait pas été joué depuis 350 ans ! De quels plaisirs ne s’est-on privé ! Une partition superbe qui porte en elle sa propre distanciation. La belle Hélène dans cette pièce en est à ses débuts de femme à ravir. Elle est enlevée ainsi que Ménélas déguisé en Amazone pour approcher la jeune fille, par Thésée (Fernando Guimarães) et son ami Pirithoüs (Rodrigo Ferreira) séduit par l’Amazone/Ménélas. Déguisements, rencontres inattendues, imbroglios, situations dignes des meilleurs romans grecs antiques ou des tribulations de l’Astrée… l’œuvre se délecte de ces feintes, de ces faux-semblants, où la vérité des êtres se dilue. La partition rend compte de ce jeu de dupes en surlignant, exaspérant les fioritures, ou accordant aux ornements une pureté presque classique lors des aveux. Suivant la tradition baroque, tout est inconstant, mobile, les êtres sont en proie aux revirements, aux doutes, pris au miroir aux alouettes des apparences. La fragilité des instants soumis à des lois versatiles conduit au «carpe diem» du bouffon, Iro (hilarant Emiliano Gonzales Toro). Joutes amoureuses, de pouvoir, de possession, trouvent un décor symbolique : une arène tauromachique où l’on s’expose et où l’on se cache, puis une forêt aux allures du Songe d’une nuit d’été (passage obligé dans la construction des couples) qui prend des teintes rouges, jeux du désir, des passions, du trouble, de la sensualité. Les costumes très réussis renvoient à notre imaginaire sur la période baroque. L’ensemble est magnifiquement servi par les chanteurs et l’orchestre Cappella Mediterranea sous la subtile direction de Leonardo Garcia Alarcón. Les chanteurs sont jeunes et bourrés de talent. Anna Reinhold campe un Menesteo fragile et émouvant, Solenn’Lavanant Linke une bouleversante Ippolita. Le couple Elena (la soprano Emöke Barath), Menelao (le contre-ténor Valer Barna-Sabadus) est exceptionnel. Le naturel et la fausse ingénuité d’Elena face au trouble amoureux du jeune homme, conscient déjà du caractère éphémère de son succès, sont un régal. Les duos des jeunes gens sont des instants de pur bonheur. Chaque spectateur est ainsi happé, ravi par ce petit bijou enfin retrouvé !

MARYVONNE COLOMBANI

Elena

jusqu’au 21 juillet

Théâtre du Jeu de paume, Aix

les 25 et 27 juillet

Théâtre des Salins, Martigues

0820 922 923

www.festival-aix.com

Crédit photo : Elena c Patrick Berger – Artcomart