Dernier arrêt avant l'automne, un roman de René Frégni qui renoue avec le noir

À peine polar

Dernier arrêt avant l'automne, un roman de René Frégni qui renoue avec le noir - Zibeline

René Frégni a longtemps vécu à Marseille et écrit des polars ironiques, comme habités du regret de ne pas être ailleurs que dans cette ville devenue un enfer. Il en est donc parti. Vers Manosque, vers l’honorable collection « Blanche » de Gallimard, vers des descriptions plus bucoliques et des introspections touchantes où il a pu donner une ampleur différente à son style. Forcément empreint de Giono, celui de Jean Le Bleu, sensuel, attentif aux couleurs et aux formes des choses, des collines, des arbres et des pierres, des hommes aussi, et leurs sourires.
Dans Dernier arrêt avant l’automne il renoue pourtant, à peine, avec le noir. Avec l’isolement d’un monastère abandonné, un cadavre, une jambe arrachée, une nuit de terreur, un interrogatoire.
Mais il est évident que l’intérêt n’est pas là : rien n’importe moins au narrateur, et au lecteur juste un instant tenu en haleine, que la résolution de l’énigme. Qui viendra pas hasard, et ne conclura rien. C’est le rapport à la nature, à l’histoire d’un lieu, à la solitude, à l’amour perçu dans le regard des autres, qui sont la trame d’un roman qui chemine comme un itinéraire vers l’écriture.
Il n’est question, au fond, que de cela, et le cadavre découvert dans un cimetière de moine, l’étrange indien artisan, les doux libraires de Riez, le mystérieux propriétaire du monastère, les gitans inquiétants et pragmatiques, sont les ressorts nécessaires qui permettront à l’écrivain de remplir à nouveau ses cahiers longtemps restés vides.
Quant au chat, Solex, on entend, basse continue du roman, son ronron permanent, et la chaleur soyeuse de son poil semble prendre corps lorsqu’on tourne les pages. Seul rescapé de l’affaire, l’écrivain l’emmènera avec lui vers un nouveau voyage, l’océan, les gilets jaunes, les ronds-points… un autre rapport, sans doute, à lui-même.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019

René Frégni sera présent aux Correspondances de Manosque.

Dernier arrêt avant l’automne
René Frégni
Gallimard, 16,50 €