Mademoiselle et Suzane au Festival de Thau, à Mèze

A Mèze, la musique met sens et conscience en éveilVu par Zibeline

Mademoiselle et Suzane au Festival de Thau, à Mèze - Zibeline

La rencontre du blues et du raï avec Mademoiselle et la chanson électro, consciente et dansante de Suzane ont partagé l’affiche au Festival de Thau.

Administrativement, le terme est obsolète. Musicalement, il dessine un futur optimiste car novateur et métissé. Mademoiselle réunit trois musiciens de premier plan, trois cultures et trois parcours, pour une même vision exploratrice des possibles. Dans la noirceur vocale du guitariste Rodolphe Burger, cofondateur d’un des plus singuliers groupes de rock français, Kat Onoma, s’entortillent les fulgurances du oudiste électrique Mehdi Haddab, lui aussi lié à d’autres formations remarquées, DuOud et surtout Speed Caravan. Au centre du jeu et qui départage les sonorités blues et rock de ses complices, Sofiane Saidi, héritier le plus estimé d’un genre qu’il renouvelle avec une lumineuse modernité : le raï (lire aussi). Aux chant et machines, celui-ci insuffle une électro voluptueuse dans un univers intense de cordes. En contrepoint, les voix de Burger et Saidi tissent un dialogue harmonieux, à la fois sombre et enjoué. Face à l’Étang de Thau, où les parcs d’ostréiculture côtoient les vignobles des plateaux calcaires, le trio Mademoiselle agglomère les plaisirs des sens jusqu’à l’ivresse.

 

Dans un tout autre registre, celui de la chanson électro, Suzane est seule sur scène. Pas de musiciens, un podium surélevé comme unique décor, la jeune Avignonnaise incarne la génération de l’anglicisme DIY, soit « do it yourself », autrement dit « fais-le toi-même ». Découverte sur YouTube, primée aux Victoires de la Musique, Suzane connaît une ascension rapide car ses chansons abordent des sujets qui préoccupent l’humanité, à travers une langue et des rythmes qui accrochent les jeunes générations. Alerte écologique, rupture sentimentale, patriarcat, harcèlements et violences faites aux femmes, addiction au téléphone portable… Les thématiques s’enchaînent au rythme des musiques préenregistrées. Loin des chanteuses pop mièvres et édulcorées, Suzane chorégraphie ses combats. Celui pour les personnes LGBT en tête. Au point de gagner ses galons d’icône de la communauté, la présence de drapeaux arc-en-ciel en atteste et particulièrement chez les femmes, encore trop souvent invisibilisées. « Que toute l’année soit le mois des fiertés », souhaite-t-elle avant de lancer son titre P’tit gars. Celle dont on relève souvent l’affiliation à Stromae pour le son et Christine and the Queens pour la danse a mis fin au temps des comparaisons en imposant sa patte. Celle d’un personnage de manga qui aurait fait irruption dans une toile de Mondrian sur un scénario de Chaplin. On peut aussi l’imaginer en Kill Bill rousse. Car Suzane est une tueuse dont on a besoin parce que « Darmanin ministre, c’est pas fun ».

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2021

Mademoiselle et Suzane ont joué le 23 juillet, sur le port de Mèze, dans le cadre du Festival de Thau qui se poursuit jusqu’au 29.
festivaldethau.com

Photos Mademoiselle & Suzane © Phil Poulenas

A venir

27 juillet : Madalitso Band + Joao Selva, Frontignan-La Peyrade
28 : Racines rêvées, Bouzigues
29 : Riu de l’Aire + Ensemble Irini + Quatuor Ellipsos + Cocanha, Abbaye de Valmagne