À l’origineLu par Zibeline

• 29 septembre 2019 •
 - Zibeline

Faire l’Éloge des bâtards, c’est prendre conscience de la possibilité de résistance au conformisme qu’offre, parfois, une origine familiale litigieuse, lacunaire, douloureuse. Olivia Rosenthal a choisi ce célébrer cette anormalité-là, incarnée par neuf personnages plongés dans un univers qui est à peu près le nôtre. Un futur tout proche, ou un présent décrit par des êtres doués d’une sensibilité spéciale à la déshumanisation de nos périphéries urbaines. Un monde terrifiant où la surveillance est partout, et qui semble inscrire les moments pourtant très douloureux d’enfance décrits par les personnages, dans un passé où des bouts de bonheur étaient encore possibles.

Quand et où cela se passe, cela n’a pas d’importance. Les références au passé, Les 400 coups, La Nuit du Chasseur, Le Village des Damnés sont ceux de notre enfance, mais le présent diverge un peu : l’espace public a disparu, seuls les immeubles et les centres commerciaux persistent, les promoteurs ont pris le pouvoir et surveillent les habitants réfractaires. Pas d’hyper-connectivité pourtant, ce n’est pas la virtualisation qui pose problème, mais la surveillance fasciste.

Pour s’en défendre, le petit groupe réuni autour de Lily, la narratrice, commet des actes de résistance poétique, comme jeter des plumes d’en haut d’un immeuble, faire clignoter les réverbères, écrire des slogans sur les murs, pratiquer d’invisibles échanges dans les bureaux. Mais, surtout, ils apprennent ensemble à refabriquer leur récit. Ce qui les a cabossés, chacun, mais leur a aussi permis d’être là, malgré les coups reçus et donnés, les dégringolades, les parents indignes. Dire leur histoire individuelle leur permet de faire groupe, de regarder les étoiles et de dessiner entre elles des lignes invisibles, désuètes, de retrouver la possibilité de l’empathie, dont Lily est douée à l’excès.

De ces origines retrouvées, racontées par chacun au fil de cinq nuits successives, ils construiront un nouveau combat contre la disparition de l’humanité. Qui n’est faite que d’histoires, de refus et de liens. De bâtardise ?

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019

Olivia Rosenthal sera présente aux Correspondances de Manosque
Et aussi à 15h le 29 septembre, pour une rencontre-lecture performée, dans le cadre du festival Actoral

Éloge des bâtards Olivia Rosenthal
Verticales 20 €