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L’École des femmes par Philippe Adrien : une forme contemporaine

À l’école de Molière et d’Adrien

L’École des femmes par Philippe Adrien : une forme contemporaine - Zibeline

Dès la première scène de L’école des femmes de Molière, la mise en scène de Philippe Adrien est force d’évocation : au premier plan, un petit chemin qui longe une fermette, au second un théâtre d’ombres, à l’arrière-plan L’Angélus de Millet, plus vrai que la peinture. Toute la pièce sera de la même qualité, ciselée dans le vieux bois pour créer une forme contemporaine. Enveloppés par les effets d’ombres et de lumières de Pascal Sautelet, les gestes ou déplacements ponctués à la seconde près par la création sonore de Stéphanie Gibert, les comédiens savourent le bonheur de ce texte qui rivalise de bons mots, d’images audacieuses et de situations abracadabrantesques. Tout à la joie du rythme des alexandrins et de la mise en scène à cent à l’heure, les voici qui emportent le public dans leur sillage sans lui laisser à peine le temps de respirer ! D’autant que chez Molière, ce «farceur», les relations hommes-femmes sont prétextes à une satire aussi piquante qu’amusée… Deux heures chrono, Philippe Adrien leur donne à tous le plus beau rôle : Valentine Galey, avec sa frêle silhouette et sa voix évaporée, fera mentir Agnès : non, elle n’est pas l’idiote que l’on croit et sa victoire sur l’amour n’est qu’une question de temps ; plus grigou que jamais, Patrick Paroux rivalise de coups en douce et de mensonges, formidable Arnolphe qui porte sa vie étriquée et ses certitudes comme un étendard («je ne veux pas d’un esprit qui soit haut» à propos de sa future épouse) ; le jeune Pierre Lefebvre pétillant dans le rôle d’Horace, aussi fougueux qu’amoureux et sans aucun doute trop confiant… En parfait chef d’orchestre, Philippe Adrien a su tirer le meilleur de chacun (Joanna Jianoux, Gilles Comode, Pierre Diot, Dominique Boissel, Vladimir Ant) pour faire entendre les variations des voix, des intonations, des rires et des exclamations, jusqu’à l’usage du slam, et pour donner à voir des situations quasi chorégraphiées. En cela, la scène sur la théorie du cocuage est un moment d’anthologie théâtrale.
MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Avril 2015

L’École des femmes a été joué les 3 et 4 avril au Théâtre Liberté, Toulon

Photo : Lécole-des-femmes-c-Chantal-Depagne-Palazon


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
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