La Maison indigène, furieux dédale mémoriel de Claro, chez Actes Sud

À la recherche du père perduVu par Zibeline

La Maison indigène, furieux dédale mémoriel de Claro, chez Actes Sud - Zibeline

Il faut avoir le cœur bien accroché pour ne pas perdre le fil de La Maison indigène qui zigzague entre les époques (passé et présent), les villes (Alger, Marseille), les histoires (politique et familiale) et les personnages réels (grand-père et père, Camus, Le Corbusier, Jean Sénac et tant d’autres encore). Un furieux dédale mémoriel exploré comme à rebours par l’auteur Claro qui fouille dans les souvenirs familiaux et les archives historiques matières à comprendre la figure de l’absent : son père. On se perd, parfois, dans cet enchevêtrement d’histoires, de faits réels, de généalogie, d’articles exhumés, de notes sur l’architecture, de commentaires littéraires et de chuchotements intimes mais l’ascension vaut l’effort consenti.

Tout commence par la fameuse Maison indigène construite en 1930 par le grand-père de l’auteur, Léon Claro, dans la Casbah d’Alger, appelée également Maison mauresque, Maison du centenaire, Villa Claro, etc. Point de départ du canevas littéraire tissé par l’auteur autour de ceux qui gravitèrent autour de son illustre aïeul, ou de son père : Camus l’algérien qui se révéla à lui-même après avoir découvert LA maison en écrivant son premier vrai texte littéraire (publication posthume de La Maison mauresque) ; le poète Jean Sénac auquel il consacre le chapitre « Boire le vent nouveau » ; Le Corbusier venu en délégation dans la Casbah en 1933 ; le poète Max-Pol Fouchet ; Michel M., l’ami d’enfance de son père retrouvé avenue du Prado à Marseille, grâce auquel il reconstitue quelques pièces du puzzle… À chaque pierre soulevée par Claro, une autre apparaît, qu’il doit soulever encore et encore pour percer le brouillard de sa mémoire, sa cécité, contraint à se dépouiller pour plonger dans son passé jusque-là nié.

Vertigineux exercice ! Page 166, une phrase de 25 lignes résume à elle seule l’existence même de ce livre-enquête où les héros sont La Maison, le Père, Camus et le Narrateur, conscient d’avoir convoqué les disparus sans jamais toucher au but : « j’ai fait tout cela et n’ai pas trouvé, pas retrouvé l’odeur du père ».

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Mars 2020

La Maison indigène
Claro
Actes Sud, 19,50 €