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Vu par Zibeline

La carte des Mendelssohn, fresque somptueuse de Diane Meur qui interroge la littérature

À la recherche des Mendelssohn

• 17 novembre 2015 •
La carte des Mendelssohn, fresque somptueuse de Diane Meur qui interroge la littérature - Zibeline

La carte la plus célèbre de la littérature était jusque-là celle concoctée par Madame de Scudéry et Honoré d’Urfé, qui s’ingéniant à vouloir classer toutes les configurations de sentiments, de leur éclosion à leur dénouement (quel qu’il soit), avaient imposé à leurs contemporains une Carte du Tendre à laquelle il était de bon ton de se conformer (ou pas). Diane Meur en cherchant à clarifier la généalogie foisonnante des Mendelssohn, dont deux grandes figures émergent d’abord, le philosophe des Lumières allemand, Moses Mendelssohn et Félix Mendelssohn, le compositeur. C’est en constatant la filiation entre ces deux phares (Félix est le petit-fils de Moses) que l’auteur s’interroge sur l’inconnu qui fut le père de l’un et le fils de l’autre. Le roman débute par une enquête à propos d’Abraham Mendelssohn, banquier de son état. Mais, la masse documentaire est telle que le sujet prend de l’ampleur, les noms, les filiations, des conversions, les métiers, les déménagements, les départs pour l’étranger, France, Canada, Ceylan même, s’accumulent. Diane Meur, plus encore que l’histoire des personnages (et combien de destins n’esquisse-t-elle pas ?), raconte sa quête, ses voyages à la rencontre de témoins, de lieux, de bibliothèques renfermant le document à consulter, les journaux intimes, les lettres, les problèmes de traduction, de décryptage, et sa vie quotidienne happée par le vortex qui s’ouvre alors, dans une réjouissante autofiction. Mue par l’intention de rationaliser l’arbre généalogique, elle entreprend la confection d’une carte, multipliant les bristols, les couleurs, les noms surlignés selon leur religion, leur pays, leur filiation, leur métier… « La famille Mendelssohn est bien devenue un espace pour moi. Le temps s’est comme spatialisé. » Impossible de traiter cette masse sur ordinateur, la carte occupe la table de la cuisine, la déborde, empiète sur sa relation aux autres, son moral… parcours du combattant, épuisant, embrassant l’espace et le temps, revisitant l’histoire des siècles derniers (du XVIIIème au XXème). « Ce que j’essaie de faire dans ce livre, c’est une cartographie de la dispersion ». Se dénombrent 765 personnes ! « N’est-ce pas, souligne l’auteure, la négation de l’idée de racines, d’origines, qui connaît aujourd’hui une étonnante vogue ? Si tout est relié à tout, à quoi bon se targuer de descendre d’un tel plutôt que de tel autre ? Ce sont des gouttes dans l’océan… » On croise Peter Schlemihl, Philippe Veit, Felix Gilbert, des noms, connus d’autres pas du tout… on suit pas à pas les étapes de cette recherche encyclopédique, les méandres du raisonnement, les affres de l’écriture, les dialogues avec l’éditrice, Sabine, conseillère avisée, on se délecte de ce récit de soi, qui pose les questions de l’écriture, du temps de celle-ci, à l’instar de la course infinie entre Achille et la tortue du paradoxe de Zénon, ne rejoindra jamais le présent du scripteur. « Dans ce roman en spirale, précise Diane Meur, qui raconte sa propre histoire, il faudrait tout de même que mon récit se rapproche du moment présent. Or, malgré tous mes efforts, j’en suis toujours à raconter ce que je faisais un an plus tôt… » Elle rappelle le parcours, les deux ans de cette « expédition », le 1kg 975 de documents papier (vous serez sensibles à la précision !), les rouleaux de colle, les cahiers, les bibliothèques « écumées »… pour constituer son « grand filet à envelopper le monde », dont elle remarque les mailles qui ont lâché… Le roman reste une métaphore du monde, dans sa diversité, sa complexité, nimbé de la musique de Mendelssohn (Félix) que l’on n’écoute plus tout à fait de la même manière… emporté par le souffle de ce roman d’une intense humanité.

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2015

La carte des Mendelssohn
Diane Meur
Sabine Wespieser éditeur, 25€

À noter :

Mardi 17 novembre 2015 à 18h30, à la bibliothèque du CITL, dans le cadre du programme de rencontres Une Voix à traduire, animée par Thierry Guichard, directeur de la publication pour le magazine littéraire Le Matricule des Anges, Diane Meur sera reçue pour son dernier roman La Carte des Mendelssohn (Sabine Wespieser éditeur, 2015)

Bibliothèque du CITL, à l’espace Van Gogh, Arles
04 90 93 43 21
http://www.atlas-citl.org/
CITL : Collège International des Traducteurs Littéraires.

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