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À l’amour citoyen !, nouvelle création de Richard Martin autour de Léo Ferré

À la poésie !

À l’amour citoyen !, nouvelle création de Richard Martin autour de Léo Ferré - Zibeline

Avec son nouveau spectacle À l’amour citoyen !Richard Martin creuse son approche de l’œuvre de Léo Ferré, accompagné de ses fidèles comparses, Levon Minassian (doudouk), Didier Lockwood (violon) et Marie-Claude Pietragalla (danse) auxquels s’adjoignait en dernière minute Serge Arribas (claviers). À ceux qui pourraient douter du terme création, alors que l’artiste reprend un florilège connu, maintes fois interprété, l’écoute suffit à les détromper, jamais les inflexions ne sont tout à fait les mêmes, ni le rythme, ni les arrêts, suspendus, interrogeant encore le texte dans son épaisseur, au cœur de la multiplicité des sens possibles… En ouverture, Villon, le père tutélaire des « poètes maudits » et fraternels, un terme cher au directeur du Toursky… « Frères humains qui après nous vivez »… Les mots du « premier poète à la moderne » (comme le nommait André Suarès) n’ont pas pris une ride, et leur force de conviction bouleverse, portée par la voix vibrante de leur interprète. Auparavant, sur la voix off, le doudouk accompagnait de ses larges nappes sonores la danse aérienne de l’étoile, vêtue de noir, qui pose ses gestes comme des mots sur une page blanche. Plus tard, au moment des rappels, elle se livrera à une improvisation emplie d’humour, guidée par les voltes malicieuses du violon. En une construction concertante, les instruments et la voix trouvent leur espace, se mêlent, s’écoutent, le silence acquiert de nouvelles profondeurs, sur une scène où les ombres se jouent, laissant émerger de leur clair-obscur les protagonistes de cette célébration d’une pensée toujours libre, où les images savent n’être pas simplement décoratives mais porteuses de significations nouvelles. Écho baudelairien du Crachat de Ferré qui, « pèlerin gélatineux et froid », peut lancer « l’air hautain », « je suis la conscience du monde », cri de révolte du « y’en a marre ! », tandis qu’éternelle, danse toujours la « robe de cuir comme un fuseau »… Sans Dieu ni maître assurément, la poésie est liberté et ses interprètes en ont livré une sensible et vivante démonstration.

MARYVONNE COLOMBANI
décembre 2017

Spectacle donné le 28 novembre, théâtre Toursky, Marseille

Photographie : © Georges Robert/La Provence


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/