Les mots de Camille Claudel mis en scène par la Cie Les Anges au Plafond, au Sémaphore

À fleur de peauVu par Zibeline

Les mots de Camille Claudel mis en scène par la Cie Les Anges au Plafond, au Sémaphore - Zibeline

Après avoir évoqué sa jeunesse, sa famille et ses contemporains dans Les mains de Camille, la Cie Les Anges au Plafond poursuit l’exploration de la vie de Camille Claudel en interrogeant son intimité par le biais de sa correspondance. Missives, télégrammes, lettres, notes griffonnées révèlent une trajectoire de vie hors norme, de sa jeunesse parisienne où pointe l’exaltation de la liberté de créer, aux sombres années de l’internement, et jusqu’à sa mort, en 1943. Cette riche matière littéraire parle autant du monde artistique de cette époque que du long combat d’une femme pour exister en tant qu’artiste, libre et maîtresse de son corps et de son âme. Libre aussi d’aimer Auguste Rodin dont elle fut l’élève, puis la muse, jusqu’à n’être plus que son ombre. La société corsetée de la fin du XIXe siècle en décidera autrement, la déclarant inconvenante, et folle. 

Sur le plateau : de larges feuilles de papier, entourées de délicates sculptures lumineuses qui découpent, projettent, éclairent ou cachent les courriers que l’on devine, sans jamais les voir. 

On les entend, les mots de Camille Claudel trouvant dans le jeu de Camille Trouvé un écho sensible et bouleversant. La marionnettiste plie, déchire, modèle le papier, crée des pop-up qui envahissent la scène et se font personnages, lieux, objets. La musique de la contrebassiste Fanny Lasfargues enveloppe ces états d’âmes et de création, complète et répond aux images sculptées. Et suit l’ultime transformation de ces sculptures de papier, faites de reliefs sombres, noirs, un patchwork de lettres amassées, accumulées, jamais envoyées, qui se transforment en linceul. Longtemps après résonnent encore les mots poignants adressés à Rodin : « Il y a sans cesse quelque chose d’absent qui me tourmente. »

DOMINIQUE MARÇON
Octobre 2020

Du rêve que fut ma vie a été donné le 29 septembre au théâtre Le Sémaphore, Port-de-Bouc

Photo : © Vincent Muteau

Théâtre le Sémaphore
Centre Culturel
rue Turenne
13110 Port-de-Bouc
04 42 06 39 09
www.theatre-semaphore