Tadmor, documentaire de Monika Borgmann et Lokman Slim

À corps et à voix

• 30 novembre 2016⇒4 décembre 2016 •
Tadmor, documentaire de Monika Borgmann et Lokman Slim - Zibeline

C’est un joli nom Palmyre. Un nom grec qui s’associe dans l’imaginaire occidental aux vestiges des grandes civilisations qui y fleurirent, au rêve oriental de caravansérail. Inscrite au patrimoine mondial de l’humanité mis en péril par Daesh, «libérée» par  les forces de Bachar El Assad, Palmyre, c’est Tadmor en arabe, et on sait moins que ce nom-là désigne aussi l’une des prisons les plus inhumaines du Moyen Orient, où pendant la guerre du Liban, entre 75 et 90, bien avant la terreur djihadiste, des milliers de personnes opposées au régime des Assad, ont été incarcérées.

Le documentaire de Monika Borgmann et Lokman Slim, Tadmor, affiche d’entrée son dispositif : 22 anciens prisonniers rescapés de l’enfer vont revivre et faire revivre leur expérience carcérale, alternant témoignages frontaux et mise en scène de leur histoire. Ils interpréteront victimes et bourreaux. Une école abandonnée de Beyrouth leur sert de décor. Des lanières de mousse figureront les schlagues. Tantôt, en chemise ou teeshirt blancs, assis face à nous, dans une pièce nue, ils racontent le transfert vers Tadmor, l’ «accueil au pneu» où coincés dans le cercle de caoutchouc, les prisonniers reçoivent des coups de courroies qu’ils doivent eux-mêmes compter à haute voix. Ils disent les rituels imposés, les inspections des dortoirs, les douches fatales, les tâches des « forçats » obligés de faire les travaux  les plus dangereux,  les caprices des gardiens,  les insultes systématiques, l’isolement, la nourriture rare ou corrompue, l’arbitraire, la peur, la folie. Tantôt ils se lèvent, miment leur récit, convoquent le passé par la gestuelle. Tantôt, comme des acteurs, ils jouent à être ce qu’ils ont été, tête baissée, dos voûté, brisés, frémissant aux cris de leurs camarades torturés. Ou retrouvent un moment de partage autour d’un unique œuf dur à découper en 8 et qu’on tire au sort.  On ne saura rien de leur parcours personnel. Ils forment un seul corps héroïque qui a résisté à la violence, à l’anéantissement. Les réalisateurs ont déclaré que le plus grand défi dans la fabrication d’un film comme Tadmor était de (leur) assurer qu’il déclenchait en (eux) la nécessité physique de crier- même à travers la voix des autres. Ce cri, nous le percevons, plus fort que jamais dans la littéralité et le dépouillement de ce travail de reconstitution, de reconstruction, de restitution.

ELISE PADOVANI, ANNIE GAVA
Décembre 2016

https://www.facebook.com/TadmorMovie/

Photo © Les Films de l’Étranger

Tadmor a été présenté dans le cadre des 4e Rencontres Internationales de Cinéma Arabe se sont tenues du 30 novembre au 4 décembre


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