Vu par Zibeline

"Ça occupe l’âme", huis clos de Marion Pellissier vu au Théâtre du Merlan

À cœur vaillant…

C’est dans l’étrange antichambre d’un purgatoire qui ne dit pas son nom que nous convie la metteuse en scène Marion Pellissier. Sur scène, un couple enfermé, pour un huis clos d’1h30 ; des tenant et aboutissants, on ne pourra qu’hasarder des hypothèses, au vu des bribes délivrées. C’est l’instant présent qui compte : pour ne pas sombrer dans la folie, ils s’agrippent l’un à l’autre, cherchant à contenir les débordements de leur raison vacillante. Leurs souvenirs, psalmodiés en une litanie quasi incessante, s’écrivent fiévreusement sur les parois de la cellule, pour ne pas s’évaporer. Le dispositif amplifié des comédiens laisse d’abord à distance, tout comme quelques tics de mise en scène -minimalisme, quasi-nudité, recours à l’inévitable projection vidéo en toile de fond (scories sans doute d’un travail d’assistanat auprès de Cyril Teste). Mais l’ambiance est bien là, oppressante et anxiogène à souhait, qui emprunte aux codes des plus fameuses dystopies -notamment la présence invisible des ravisseurs, omniscients et omnipotents. Le spectateur est soumis au même régime que le couple traqué, malmené parfois par des flashes aveuglants.

Et les souvenirs continuent de s’égrener, ceux de la vie commune, ceux de la petite enfance, le tout finissant par se mêler… Ne cessant de se raconter l’un à l’autre, par peur panique de s’oublier eux-mêmes, le couple révèle par inadvertance quelques failles et hontes tues jusque-là, fragiles remparts d’une individualité qui ne cesse de s’effriter. La dramaturgie, proche du processus analytique par l’association d’idées et la métamorphose incessante de souvenirs, suit les méandres d’une mémoire qui se consigne avec frénésie, pour continuer d’exister coûte que coûte. Tout ça, ça occupe l’âme ; or l’âme, affairée, est bel et bien assurée de ne pas sombrer tout de suite, quel que soit le régime de torture auquel elle est soumise. Le postulat de Marion Pellissier n’est pas inintéressant, et sa ligne de conduite est tenue de bout en bout, dans une radicalité qui ne ménage pas le public. Mais ses procédés, parfois démonstratifs, pourront lasser les adultes, autant qu’ils ont frappé les adolescents présents ce soir-là dans la salle du Merlan.

JULIE BORDENAVE
Mars 2019

Ça occupe l’âme se jouait le 21 mars au Théâtre du Merlan, Marseille

Photo : ça occupe l’âme -c- Tiodhilde Fernagu


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