Le nom de la psychanalyse

 - Zibeline

Roland Gori, animateur en 2009 de «l’appel des appels», reprend et adapte le titre de l’ouvrage du philosophe Alain Badiou qui s’interrogeait en 2007 sur De quoi Sarkozy est le nom. L’ouvrage sous-titré Démocratie et subjectivité constitue l’approche analytique et matérialiste la plus approfondie de la dominance idéologique depuis les travaux d’Althusser sur le sujet. Différentes réponses, pas toutes aussi intelligibles, à la question posée dans le titre, amusant dans les associations qu’il implique, sont données au cours du développement. Cependant ce travail est une analyse fine et très richement référencée, des incidences de la dérive totalitaire de l’ultra libéralisme sur les consciences individuelles et les subjectivités inconscientes. Les mécanismes de pressions et d’inductions idéologiques tels que le «tout évaluation» sont démontés et décrits très rigoureusement. Le fléau libéral et marchand a des conséquences catastrophiques sur la liberté citoyenne et donc sur la culture en tant que médiateur de résolution de la contradiction intrinsèque entre individu moral et sujet désirant. Jusqu’à la connaissance qui deviendrait un capital à faire fructifier et à léguer sous forme de brevet et -pourquoi pas ?- de patrimoine génétique… gène de la délinquance ou du génie scientifique.

Il est montré par le détail à cette occasion combien l’ouvrage caricatural d’Onfray sur l’œuvre de Freud est symptomatique de ce nouvel esprit d’évaluation de l’œuvre humaine : coût liberticide pour un coup médiatique et mercantile. Dans la ligne des travaux de Hannah Arendt, Michel Foucault, Jean-Claude Michéa… le livre de Gori permet de mieux comprendre les aliénations qui tendent à gouverner nos «valeurs» et à inféoder l’œuvre culturelle à la loi des marchands du temple.

Quoique dans un style se voulant accessible à tous, ce livre-clé est parfois peu facile à lire par la complexité du propos.

YVES BERCHADSKY

Mars 2012

 

De quoi la psychanalyse est-elle le nom ?

Roland Gori

Denoël, 23 €