Sept soli post-confinement présentés à Klap, Maison pour la danse à Marseille

8m3 pour un soloVu par Zibeline

• 19 septembre 2020 •
Sept soli post-confinement présentés à Klap, Maison pour la danse à Marseille - Zibeline

« A quoi sert une Roll’s Royce s’il n’y a plus de moteur ? » s’est interrogé Michel Kelemenis durant le confinement à propos de la mise en sommeil obligée de la Maison pour la danse. Aussi, après s’être assuré de sa pérennité et celle de son équipe, s’est-il lancé dans une nouvelle aventure artistique : la commande de petites formes en solo défiant les mesures imposées par la distanciation physique. À savoir danser dans 4m2 tracé au sol : soit 8m3 ! Sept artistes chorégraphes du territoire Sud Paca ont relevé le défi, dont lui-même qui, au lieu de vivre le dispositif comme une contrainte, s’en est servi pour rebondir en confiant à Aurora Indaburu le privilège de donner corps à L’Ingénue sorcière. Une pièce où la danse sort ses griffes par le truchement d’un corps aux muscles crispés, au doigt levé, perplexe et accrocheur. Arrogante, la danseuse fait fi de son espace riquiqui pour louvoyer, affirmer sa vitalité rebelle, tournoyante et impérieuse mais désespérée de ne pouvoir voler plus haut, plus loin… sur les envolées symphoniques de L’Apprenti sorcier de Paul Dukas, « métaphore parfaite de ce que traverse l’humanité aujourd’hui ».

Dans son sillage, des signatures et des identités diverses comme Corinne Pontana, Ana Pérez, Desiré Davids, Alexandre Lesouëf, Maxime Cozic, Sébastien Ly ont fait du « contenant » imposé un espace de création libre. Ana Pérez et Maxime Cozic ont réussi le pari haut la main lors de la première présentation publique à Klap dans une scénographie qui juxtaposait habilement chaque espace habité tout en les révélant progressivement. Avec Carrito, Ana Pérez tente de découvrir jusqu’où elle peut aller dans cette limite spatiale, remontant aux jeux de l’enfance où la chambre devenait le lieu propice à se raconter des histoires. Mais Ana Pérez n’est plus une enfant et le manque de contact avec l’autre durant ce printemps confiné fut cruel… Jouant avec un drap blanc comme le torero avec sa cape affronte le taureau, la jeune danseuse le foule au pied dans un Zapateado tantôt lent ou rapide, l’entortille, le froisse, le délaisse momentanément pour s’abstraire du flamenco pur et dialoguer avec le mouvement contemporain. Des lambeaux de mémoire subsistent dans ses apparitions délicates. L’œil du cyclone de Maxime Coizic apparait comme un retour à la lumière avec ses phrases hip-hop suspendues dans le temps et l’espace, sa lenteur mesurée, ses geste retenus, ses ellipses à peine ébauchées. Effet miroir de son état personnel durant le confinement « vécu comme un temps de pause, de repos » dans son agenda trépidant de battles frénétiques ; une accalmie source d’un retour à soi, à un état de corps différent.

L’ensemble des sept soli ouvrira la saison de Klap le 19 septembre prochain.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2020

Photo : L’œil du cyclone, Maxime Cozic © Agnes Mellon

La présentation publique s’est déroulée le 3 juillet à Klap Maison pour la danse, Marseille

Klap
Maison pour la Danse
5 rue du Petit Versailles
13003 Marseille
04 96 11 11 20
http://www.kelemenis.fr/