Pour sa 4è soirée de réflexion, le Collectif Hors Cadre rêve d'un espace commun fédérateur

A suivreVu par Zibeline

• 26 avril 2016 •
Pour sa 4è soirée de réflexion, le Collectif Hors Cadre rêve  d'un espace commun fédérateur - Zibeline

Nécessité pour éviter d’être laminé par une logique strictement commerciale, urgence pour affronter des lendemains qui ne semblent pas si chantants. Assurément quelque chose bouge en PACA dans le domaine du «cinéma d’auteur». Les festivals songent à unir leurs forces, les réalisateurs de l’AARSE à se donner un lieu où s’enchaîneraient création-production-distribution, les structures à se fédérer. Les rencontres se multiplient. Et c’est tant mieux ! Ainsi le 26 avril, le cinéma Les Variétés accueillait la 4ème Soirée de Réflexion du Collectif Hors Cadre autour de la «Question du Public» : quels sont les territoires où se créent les œuvres? Que partage-t-on ? Avec qui ? Et comment préserver les espaces de diffusion pour des films qui ne s’inscrivent pas ou rarement dans les circuits institutionnels ?

Florence Pazzottu introduisant la séance en citant Pierre Dardot et Christian Laval, (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle)  a souligné ce qui pourrait être l’idée-âme du Collectif : inventer un «commun» possible  qui ne se fonde pas sur une copropriété mais sur une co-activité et un co-usage.

I have a dream

Ce partage dans le «faire», Luc Joulé  le verrait bien se réaliser dans une Maison du cinéma telle que l’avait imaginée et concrétisée en son temps René Allio avec le CMCC de Vitrolles ( Centre Méditerranéen de la Création Artistique) soutenu par Gaston Deferre à la grande époque de décentralisation, et qui se proposait de «favoriser les réalisations des cinéastes de la région, leur apporter un équipement technique trop rare autour d’eux, offrir des occasions de formation aux débutants, devenir un lieu de rencontres et d’échanges dans la vie artistique régionale, déboucher sur la production de films financés et exploités sur le marché cinématographique ou télévisuel. » Témoignant en tant que réalisateur de la difficulté croissante de diffuser les films souvent présentés en une seule soirée-événement, Luc Joulé prenant exemple sur C’est quoi ce travail ?, son dernier documentaire coréalisé avec Sébastien Jousse, a rappelé l’indispensable médiation des associations, des réseaux pour que naissent rencontres, partages ( ici avec les ouvriers filmés, avec les syndicats), pour que le film devienne point de départ d’une histoire, déplacement collectif des spectateurs et que le cinéma reste le «transport en commun» dont parlait Godard. En tant que cofondateur d’Image de Ville, il a rappelé les efforts de ce festival non compétitif pour accompagner les films des autres, développer les échanges et aider la création en donnant la possibilité aux réalisateurs de montrer leurs travaux en chantier pour se confronter à une première réaction du public. Toutes les structures représentées dans cette soirée œuvrent dans le même sens mais Luc Joulé rêve d’ «un lieu qui serait plus grand que chacun»

Les pièces de la maison

Ouvrir un nouvel espace ou faire autrement avec les structures qui existent déjà ?

Le Polygone étoilé propose déjà aux cinéastes un lieu de création-montage-postproduction- résidences, ouvre sa Semaine Asymétrique ou ses nuits étoilées sans sélection à ceux qui veulent montrer leur travail, prévoit pour faire circuler les films sans visa, des séances de pré-visionnement destinées aux exploitants de Cinémas du Sud, négocie avec d’autres salles à Venise, Bruxelles. Mais sa capacité est limitée. Chacun selon son territoire, son statut, ses particularités invente des moyens de donner visibilité à des films non référencés par le CNC : le Gyptis avec ses demandes de visas provisoires, les Variétés avec des partenaires devenant pour les besoins de la réglementation, locataires de la salle. Chacun développe des stratégies pour impliquer le public s’appuyant sur l’action des centres sociaux, sur celle des professeurs. Ainsi le club de programmation du lundi au Gyptis qui, dans sa grande hétérogénéité socioculturelle, travaille à la programmation des projections estivales sur le toit de La Friche et ces ciné-dimanches gratuits qui drainent toute une population du quartier de la Belle de mai peu coutumier des salles obscures. Ou encore Aflam, ses ateliers et sa proposition mensuelle, autrefois à la Maison de la Région, aujourd’hui au Vidéodrome2 et aux Variétés. Ou encore l’Alhambra et son travail de fond depuis des années du côté de St Henri. Ou encore, Grains de lumière et son action au FRAC.

Le désir est commun, se fédérer, articuler ses difficultés pour les dépasser, réinventer une pensée, se donner des temps de réflexion sur la forme, ouvrir les espaces aux autres, se montrer les travaux en cours en organisant par exemple une session par mois aux Variétés dont les salles le matin sont disponibles, créer une «maison nomade» ouverte à tous.

Les intervenants ne manquent ni d’idées, ni de persévérance choisissant plutôt que de se complaire dans une lamentation stérile sur un système qui se passerait volontiers d’eux, d’aller de l’avant. On a envie d’y croire !

La prochaine rencontre du Collectif est prévue le 9 juin. (A suivre.)

ELISE PADOVANI

Avril 2016

Le Collectif Hors Cadre (Linda Mekboul, Florence Pazzottu, Julien Sicard, Jonathan Trullard, Jodie Ponchin, Avicen Rihahi, Stefen Sao Nélet, Adam Pianko, Daniel Said) est né début 2015 à l’initiative du cinéma Les Variétés pour renforcer la synergie entre les acteurs locaux.

Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes