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Vu par Zibeline

L'exposition Mademoiselle rassemble une quarantaine d'artistes féminines au CRAC de Sète

40 demoiselles puissantes

• 19 septembre 2018⇒6 janvier 2019 •
L'exposition Mademoiselle rassemble une quarantaine d'artistes féminines au CRAC de Sète - Zibeline

Les Mademoiselle ont vécu. Supposées jeunes et sémillantes, naïves, joues roses, ou vieilles peau laissées pour compte, elles n’étaient en tous cas pas (encore) des femmes, et depuis le 21 février 2012, elles ne sont plus rien du tout. Terme discriminatoire, il a été supprimé des formulaires administratifs, et seules les Madame font face aux Monsieur. Clin d’œil à ce récent passé infantilisant, l’exposition Mademoiselle au Crac de Sète rassemble les œuvres d’une quarantaine d’artistes –des femmes, des vraies-, autour de la question de la féminité contemporaine. La curatrice Tara Londi (après la fondatrice du lieu Noëlle Tissier, et avant l’arrivée effective de la nouvelle directrice Marie Cozette) met en présence sculptures, vidéos (beaucoup), peintures, installations, et fait résonner les accents de #MeToo à travers des productions qui précèdent, souvent de peu, le mouvement féministe de 2018.

Dans le bel espace du lieu sétois, on navigue entre humour, gravité, distance, coups de poing : différents angles d’attaque, qui chaque fois rappellent qu’en art, tout pèse plus lourd et crie plus loin. Avant la déferlante sur les réseaux sociaux, ces artistes femmes s’emparaient des codes féministes hérités des années 60-70, transcendaient leur angoisse ou colère, leur force surtout. À travers ce prisme exclusivement féminin, les préoccupations sociales, politiques, intimes, domestiques prennent un tour et une saveur particulière, qu’on aurait envie de qualifier #IWasReallyThere. Une clameur intérieure, incarnée, se diffuse entre les pièces et les œuvres. Y sont dénoncés l’assujettissement à la mode (Sara Cwynar, Gery Georgieva) ou l’injonction de jeunesse éternelle (Oda Jaune). Le regard s’inverse lorsque Celia Hempton peint en direct des hommes qui se masturbent pour elle sur internet (Chat Random Serie). La douceur affleure dans une hypnotique Sleeping Madona : Leni Dothan réinterprète l’iconographie de la Vierge à l’Enfant dans une vidéo à la lenteur lumineuse, où mère et bébé ne sont qu’humains, magnifiquement humains.

ANNA ZISMAN
Septembre 2018

Mademoiselle
Jusqu’au 6 janvier 2019
Centre régional d’art contemporain, Sète
crac.laregion.fr

Photo : Oda Jaune, Sans Titre, 2017. Courtesy Galerie Templon, Paris-Bruxelles. Photographie © Isabelle Arthuis


Centre Régional d’Art Contemporain
27 Quai Aspirant Herber
34200 Sète
04 67 74 94 37
crac.languedocroussillon.fr