33 petits tours et puis…Vu par Zibeline

 - Zibeline

Le spectacle de Lina Saneh et Rabih Mroué n’en est pas un, mais une installation (au prix d’un spectacle). Pas d’acteurs sur scène, mais quatre lieux de parole, dont un inaudible, et un vieux tourne-disques, d’où l’on écoutera pour commencer Le Dernier repas de Jacques Brel, prélude au suicide du personnage principal, dont on n’entendra la voix que sur le message enregistré de son répondeur téléphonique. L’action se déroule donc en impossibles dialogues d’une femme avec ce répondeur où celui qui est déjà mort ne lui répond justement pas, en SMS envoyés par une autre femme qui ne parvient pas à décoller pour le rejoindre au Liban, en quelques émissions télévisées sur le suicide du personnage, et surtout en échanges sur Facebook où 3000 amis essaient de récupérer ou dénigrer son geste autodestructeur. Car le jeune Libanais semble s’être tué pour la liberté, pour revendiquer on ne sait quoi au juste, ou alors parce qu’il ne parvenait plus à vivre ? ou bien parce que ces deux femmes qui l’appellent… ? Aucune conjecture ne sera levée, et les motivations de son geste resteront secrètes. Allégorie des printemps arabes dont on ne sait ce qu’ils voulaient, qui les récupère et ce qu’ils vont devenir ? Critique d’un mode de communication en absence dont on ne sait ce qu’il dit au juste ? Les motivations du spectacle de Lina Saneh et Rabih Mroué, qui adopte la forme en absence qu’il semble dénoncer, ne sont pas plus claires que le suicide de leur héros.

AGNES FRESCHEL

Juillet 2012

 

33 Tours et quelques secondes est joué au Cloître Saint Louis jusqu’au 14 juillet