Vu par Zibeline

34ème édition de Cinécole à Cannes

27 heures chrono

• 21 mai 2016⇒22 mai 2016 •
34ème édition de Cinécole à Cannes - Zibeline

Samedi 21 mai 2016,  le Festival de Cannes attend sa Palme et au Miramar, dès 8 heures, arrivent les marathoniens de Cinécole. Plus de 300 enseignants et élèves, mordus de cinéma, venus de 17 académies. Ils s’apprêtent pour cette  34ème course cinéphilique, organisée par Cannes Cinéma et le Rectorat de Nice, qui durera jusqu’au lendemain midi. Préparée par une commission d’enseignants  la programmation très variée était particulièrement réussie cette année. Parmi les 52 films visionnés, ils en avaient choisi 12 dans les diverses sections cannoises, dont 2 courts métrages.

Au-delà de la nuit

Pour démarrer ce Ciné marathon de quelque 27 heures de films, ponctuées de pauses-cafés, un film libanais Tramontane de Vatche Boulghourjian, qu’est venu présenter Charles Tesson, délégué de la Semaine de la Critique. On a pu voir aussi le court métrage primé, Prenjack de Wregas Bhanuteja ainsi que le très organique Grave, premier long  de Julia Ducournau qui, abordant tous les liens du sang, en a dérangé plus d’un!

Karin Ramette de l’ACID accompagnait le réjouissant voyage au Groenland de Sébastien Betbeder et  Edouard Waintrop a rappelé l’histoire de la section « rebelle », la Quinzaine des Réalisateurs, représentée ici par quatre films: le très apprécié Ma Vie de courgette, une œuvre d’animation de Claude Barras, le court primé, Chasse Royale de Lise Akoka et Romane Gueret,  Divines de Houda Benyamina, Caméra d’or et La Pazza Gioia de Paolo Virzì.

Le Jury d’Ecrans Juniors, une classe de 3ème du collège Gérard Philipe de Cannes, est venu présenter son prix, Land Of Mine du Danois Martin Zandvliet, l’histoire bouleversante d’un groupe de jeunes prisonniers allemands affectés au déminage des plages danoises après la Seconde Guerre mondiale.

De la sélection officielle, après le très attendu Toni Erdmann de l’Allemande Maren Ade,  que le Jury du Festival a « oubliée », c’est par la Palme d’Or, Moi, Daniel Blake de Ken Loach, que, fatigués mais enchantés, les marathoniens ont achevé ce voyage au bout du cinéma non sans avoir voté.

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Land Of Mine du Danois Martin Zandvliet, © K5 International

Coups de coeur

Le public de Cinécole a attribué son Coup de coeur à La Pazza Gioia de Paolo Virzì, l’échappée belle de deux pensionnaires d’un institut pour femmes atteintes de troubles mentaux. Deux fêlées de l’amour, rejetées et spoliées par père et amants. Une grande bourgeoise solaire, ruinée, déchue, esthète, volubile, un peu nympho, moulée dans des robes de soie fleuries et sublimement interprétée par Valéria Bruni-Tedeschi, et une mère-célibataire taciturne, suicidaire, repliée sur la douleur d’avoir été arrachée à son fils, incarnée par la belle Micaela Ramazzotti. Deux femmes «nées tristes», la blonde et la brune, qui lient amitié et font éclater une Joie forcément folle : ni bonheur, ni même plaisir mais puissance vitale explosive, irrépressible. Comédie-tragédie «à l’italienne», ce Thelma et Louise baigne dans la lumière de la Côte d’Opale, cite ouvertement non seulement le film de Ridley Scott mais convoque aussi Il sorpasso de Risi, Le voleur de bicyclette de De Sica, Fellini et Pasolini. La voix éraillée de Valéria dont on craint à chaque instant la cassure et le sanglot, en bande-son sensible de ce film drôle et émouvant.

Tout aussi drôle et tendre, assaisonné d’un grain de folie Le voyage au Groenland de Sébastien Betbeder où on suit l’équipée de Thomas et … Thomas, deux amis de loose, trentenaires paumés, comédiens ratés. Question de distance entre un père qui vit sur la banquise depuis des années et un fils tout aussi «handicapé de l’intime» que lui. Entre deux langues, deux cultures, voix off et in, film ethnographique ( Jean Rouch est cité) et vraie comédie gaguesque qui contient des scènes d’anthologie à l’instar de celle où un des Thomas donne son explication lou-phoque du système des intermittents du spectacle à un chasseur inuit mutique qui ne comprend pas un mot de français.

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Le voyage au Groenland de Sébastien Betbeder © UFO Distribution

Une Caméra d’Or très méritée pour Divines de Houda Benyamina, dont le court métrage Sur la Route du Paradis avait révélé une vraie cinéaste. « Bâtarde »  (premier titre de ce film plein d’énergie) c’est l’insulte que ne supporte plus d’entendre Dounia (Oulaya Amamra) qui vit dans un bidonville,  prête à tout pour s’élever, être riche « Money, money, money », et ne pas suivre les traces de sa mère, alcoolique et malheureuse. Toujours accompagnée de son amie, Maimouna (Déborah Lukumuena), fille d’iman, elle choisit de se faire embaucher par la caïd locale, Rebecca (Jiska Kalvanda) une dealeuse qui règne en reine sur la cité, lui trouve du « potentiel » et lui lance : « Toi, t’as du clitoris ! ». La caméra de Julien Poupard a réussi à capter la métamorphose de cette jeune fille en quête de nouveaux territoires, éclairant superbement, les rencontres entre Dounia et Djigui, un jeune danseur qui lui fait découvrir l’amour, la chorégraphie et peut-être une autre voie pour «s’en sortir». Divines, nourri de clins d’œil cinéphiles est un film sur des filles qui vivent dans la banlieue, qui parle d’amitié, de liberté, du sacré et du sacrilège, révélant une actrice extraordinaire Oulaya Amamra.

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Divines de Houda Benyamina © Diaphana

Hommage au cinéma, hymne à la joie, à l’énergie, à la dignité, les films de cette sélection  servent parfaitement la belle mission que se donne année après année Cinécole : transmettre aux jeunes générations le plaisir des grands écrans. Continuons à lever la tête !

ANNIE GAVA  et ÉLISE PADOVANI
Mai 2016

La Pazza Gioia de Paolo Virzì © Bac Films