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Pour la 13e édition des Rencontres FFM, La Villa Méditerranée accueillait 13 en Courts

13 à La Villa

 Pour la 13e édition des Rencontres FFM, La Villa Méditerranée accueillait 13 en Courts - Zibeline

On le sait, le court métrage pour beaucoup de cinéastes est le passage obligé avant la réalisation d’un long. Et l’historique de 13 en courts, organisé chaque année par les Rencontres Films Femmes Méditerranée en atteste. Ainsi, parmi d’autres, on se souvient de Laura Bispuri aujourd’hui nommée dans les festivals internationaux, invitée cette année pour son 3è long métrage, Figlia mia, découverte par 13 en Courts en 2011 avec Biondina. C’est donc un peu en prospecteur voire en orpailleur qu’on se rend à cette traditionnelle soirée où 13 courts métrages entrent en lice pour les Prix du Public et du Jury Professionnel. On s’y laisse mener jusqu’à tard dans la soirée par les petites musiques de ces réalisatrices méditerranéennes. Non seulement par celles des bandes-son mais aussi par celles plus intimes qui constituent leurs univers créatifs respectifs. Le 12 octobre, la manifestation se déroulait à La Villa Méditerranée devant un public d’aficionados. Et la programmation 2018 nous a proposé une très belle galerie de portraits de femmes. De tous âges. De tous milieux.

L’étrange Miss Wanda d’Estefiana Cortés qui hante les funérariums, s’invente des relations avec les défunts, fait les poches des proches affligés avec une élégance détachée, avançant masquée pour fuir ou revivre sa propre vérité. La blonde et taiseuse Ana de Albastru si rosu, in propottii egale de Georgiana Moldoveanu qui raconte de façon presque abstraite l’histoire d’une mère porteuse : une affaire de timing entre le trop tôt et le trop tard, de proportion dans la chimie des corps et dans celle des cœurs. L’ex-chanteuse du Heaven has been fooled de l’Albanaise Odeta Cunaj, enfermée dans un appartement de style 50 comme dans une nostalgie de lumière. Où les miracles de la vie feront irruption par effraction. L’extraordinaire adolescente de Marlon de Jessica Palud, incarnée par une prometteuse Flavie Delangle, qui va rendre visite à sa mère incarcérée pour « une chose grave » dont on ne saura rien : 14 ans, une maturité forcée par le drame, serrée dans des plans rapprochés qui disent sa prison à elle, entrelacs de sentiments confus, mélange d’indétermination et de détermination butée. Aria, aussi, dans le film de la Chypriote Aristidou Myrsini mettant en scène une autre adolescente de 17 ans face à un père oublieux aux obscures activités. Mad, la jeune journaliste filmée par Sophie Tave comme l’héroïne d’un thriller de guerre, prête à tout pour sauver les images-preuves des exactions du régime syrien. L’émouvante domestique albanaise immigrée en Grèce à la démarche lourde du Hearts for dinner de Renée Koutoula qui ne supportera pas dans son propre cœur, une humiliation de plus. Le trio aïeule-mère-fille embarquées pour un dernier voyage illusoire en Palestine dans Crossing de Dania Sharabati ou le duo mère-fille de Rappelle-moi de Marie-Hélène Copti, quand l’Alzheimer plonge le passé dans l’indifférence. Et sur le mode comique, la survoltée Pauline de Charline Bourgeois-Tacquet dans Pauline asservie, qui permet à Anaïs Demoustier une époustouflante performance d’actrice. Et, apporte, si vous en doutiez, l’assurance que même en connaissant son Barthes et sa Beauvoir sur le bout des doigts, l’amour rend bête et esclave.

Tant de femmes aux destins accomplis ou à accomplir, captées dans la concentration du format court, et qui accompagnent le spectateur encore longtemps au-delà de la nuit.

Prix du Jury : Crossing de Dania Sharabati

Prix du Public : Pauline Asservie de Charline Bourgeois-Tacquet

ELISE PADOVANI
Octobre 2018

Photo : Pauline Asservie / Charline Bourgeois-Tacquet


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