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Vu par Zibeline

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée : une (déjà) longue histoire

12 ans de réflexion

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée : une (déjà) longue histoire - Zibeline

Comme les trois mousquetaires, au départ elles étaient 4. C’était en 2006 et ces cinéphiles féministes voulaient promouvoir le cinéma italien au féminin. Très vite, le projet s’est étendu aux autres pays de la Méditerranée où les réalisatrices étaient et sont encore sous-représentées dans une industrie du cinéma très phallocratique. Donner visibilité à leurs films, les inviter à venir à Marseille, croiser leurs regards sur le monde tel qu’il va, tel qu’on l’interprète, tel qu’on le rêve : les Rencontres Films Femmes Méditerranée naissaient avec leur rendez-vous d’automne, désormais installé dans le paysage culturel de la Région. Douze ans après, l’association compte une vingtaine de bénévoles et deux salariées, menacées par la récente suppression des emplois aidés. Et, alors que la Méditerranée devient un cimetière pour des milliers de migrants, que de profondes mutations politiques s’opèrent, que les conservatismes religieux menacent la liberté des femmes, et que l’équité, même dans les contrées où elle s’inscrit dans la loi, n’est toujours pas respectée, sa mission garde toute son actualité. Car dans le monde d’Ulysse les Pénélopes filent souvent du mauvais coton !

Édition après édition, des partenariats se sont développés. À celui, fondateur, avec l’Institut Culturel Italien, se sont ajoutés La Dante Alighieri d’Hyères, Art et Essai Lumière de La Ciotat, Aflam, Festival International de Films de Femmes de Créteil, le FID… Les Rencontres se sont exportées à Cucuron et Port-de-Bouc, ont développé des actions auprès des lycéens et dans des centres sociaux. La Méditerranée s’est élargie à la Géorgie, l’Iran, le Portugal. La proposition s’est étoffée : en 2009, une compétition de courts-métrages (13 en courts) et, depuis trois ans, les web séries, les tables rondes à la Villa Méditerranée avec Arte Actions culturelles, les master class, les hommages aux grandes réalisatrices-actrices au MUCEM, et, innovation de l’année, l’expo d’une sélection de photos distinguées lors du concours International Women Photographers Award.

Édition 2017

Il y eut des temps très forts dans cette édition 2017 qu’on ne pourra tous évoquer. D’abord, l’ouverture tonifiante avec Jeune Femme de Léonor Serraille auréolée de sa caméra d’or cannoise, et la prestation aux Variétés de l’interprète principale Lætitia Dosch (voir journalzibeline.fr). La soirée 13 en courts qui a comblé une salle comble ! (journalzibeline.fr). Mais aussi la table ronde du 11 octobre, la dernière à la Villa Méditerranée (promise à d’autres utilisations) autour de la question : Peut-on faire la paix avec sa guerre ? Un échange bouleversant entre femmes blessées : Lidija Zelovic née à Sarajevo, exilée à Amsterdam et dont le film My Own Private War était projeté ce jour-là, la poétesse et réalisatrice syrienne Hala Mohammed réfugiée à Paris et la Rwandaise Amélie Mutarabayire-Schafer qui œuvre à une réconciliation d’après génocide. Il y eut encore le sourire de Sandrine Bonnaire au MUCEM (journalzibeline.fr) et Kaouther Ben Hania dont La Belle et la Meute était programmé en avant-première, abordant dans sa leçon de cinéma aussi bien ses mésaventures de plateau sous l’angle de l’anecdote que la technicité du plan séquence. Il y eut des moments en demi-teinte comme la clôture au Prado, Happily ever after de Nada Riyadh et Ayman el Amir, doc « thérapeutique » où la crise du couple double celle de l’Égypte, n’ayant pas attiré le public.

C’est une photo de l’artiste palestinienne Raeda Saadeh qui a permis de composer l’affiche 2017 : elle s’y met en scène devant une façade de pierres grises et une fenêtre fermée. Elle a troué le fond d’un panier à provisions en plastique vert ajouré, y a glissé la tête et se présente de trois quarts en premier plan. L’image est forte, renvoyant tout à la fois au grillage des burqas, au moucharabieh des harems, au sac de ménagère nourricière prise au piège de la domesticité. Pour autant la tête est droite, le port altier, les yeux ouverts regardent au loin. Libres. Saadeh parle d’oppression mais aussi de révolte et d’un grain de folie. Une image qui correspond à l’esprit des Rencontres d’hier, d’aujourd’hui et on espère de demain, allégorie d’une belle énergie portée par de belles personnes.

ELISE PADOVANI
Novembre 2017

Les Rencontres Films Femmes Méditerranée ont eu lieu entre le 4 et le 22 octobre à Marseille et en Région.

Photographie : © Raeda Saadeh