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Vu par Zibeline

7 minuti de Michele Placido en clôture du Festival Nouv.o.monde

11 femmes en colère

• 25 mars 2018 •
7 minuti de Michele Placido en clôture du Festival Nouv.o.monde  - Zibeline

Un bord de mer, une usine, des machines, une ville en Italie. Et des femmes au petit matin, qui gèrent leur quotidien, leurs problèmes de garde, de couple, de relations. Une course contre le temps. Toutes différentes et semblables à la fois, elles se retrouvent dans leur usine de textile devant laquelle d’autres femmes s’activent, confectionnant et accrochant des banderoles de résistance. Car leur usine risque de fermer. Les patrons, les frères Varazzi (dont un interprété par le réalisateur Michele Placido)  sont là aussi, accueillant Madame Rochette, (Anne Consigny) la repreneuse potentielle, française qui compte finaliser la fusion en quelques heures afin de pouvoir assister le soir même à l’anniversaire de son petit-fils. A chacun ses soucis !

Elles sont onze, élues par les 300 autres, qui vont devoir décider si elles acceptent les propositions des nouveaux investisseurs. Parmi elles, Bianca (Ottavia Piccolo) la plus ancienne, qui assiste, impuissante, aux discussions patronales et qui sera, 5 heures plus tard, chargée de transmettre à ses camarades une lettre : une circulaire demandant à toutes les ouvrières de réduire leur pause déjeuner de sept minutes. L’attente est longue pour les autres  dont nous faisons la connaissance peu à peu. Il y a Mariana, (Violante Placido) employée, victime d’un accident du travail, sur son fauteuil roulant, la Malienne, Kidal (Balkissa Maiga), l’Albanaise Hira (Clémence Poésy), Angela (Maria Nazionale) dont le mari est au chômage technique, Micaela (Sabine Timoteo) qui jette son alliance, la plus jeune, Alice (Erika D’Ambrosio),  qui n’est là que depuis onze mois et les autres. Dix femmes pour qui travailler est un enjeu comme pour les 300 autres qui attendent dehors.

Quand Bianca revient, elles ont 2 heures 20 pour décider si elles acceptent de sacrifier 7 minutes de pause- déjeuner. 7 minutes pour éviter la fermeture de l’usine et les licenciements, cela leur parait dérisoire à toutes… sauf à Bianca qui va exposer méthodiquement des arguments contraires.  Le vote semble acquis 10 Oui et 1 Non. Il y a 30 ans, leur rappelle  » l’ancienne  » la pause était de 45 minutes, passant ensuite à 30 puis à 15 ! Jusqu’où faut-il aller pour pouvoir travailler ? La discussion reprend, âpre, tendue, serrée. Chacune a ses besoins, ses raisons, ses arguments. Les doutes surgissent. Bianca ne joue-elle pas un double jeu avec la direction ? Les problèmes ne viennent-ils pas des travailleuses étrangères ? Les jeunes ne vont-elles pas plus pâtir de cette situation ? La confrontation est dure. La caméra scrute les visages, les filmant comme des paysages, s’attachant aussi bien à celle qui parle qu’à celles qui écoutent et réagissent, faisant naitre chez le spectateur une extrême tension. On l’aura compris, Michele Placido a filmé ce drame social comme un thriller, à partir de la  pièce de Stefano Massini, inspirée par Douze hommes en colère de Sidney Lumet.

« 7 minuti s’inspire d’une histoire vraie qui s’est déroulée en France. En 2012, à Yssingeaux, onze ouvrières de nationalités différentes se mettent à la table des négociations dans une usine de textile, rachetée par une multinationale. Ce sujet est d’une brûlante actualité, en France, en Italie, en Europe et même au-delà, surtout depuis le Brexit. » dit Michele Placido qui a coécrit le scénario avec Massini.

Si 7 minuti fait écho à des thèmes que le cinéma italien a traités comme Riz amer de Giuseppe De Santis, sur les travailleuses dans les rizières, il pose effectivement des questions très ancrées dans l’actualité. Jusqu’à quel point peut-on brader sa dignité pour conserver son emploi ? En prenant telle ou telle décision, ne donne-t-on  pas un exemple à d’autres entreprises ?

A Yssingeaux, la lutte des ouvrières de Lejaby avait déjà inspiré la pièce de Carole Thibaut, mise en scène par Claudine Van BenedenA plates coutures, qu’on a pu voir  au festival d’ Avignon OFF en 2015 ou 2016.

Une mise en scène au cordeau, des actrices au jeu juste et fort. 7 Minuti, un film passionnant. On peut seulement regretter que la musique de Paolo Buonvino souligne inutilement l’émotion que fait naitre ce film touchant et nécessaire, présenté en clôture du Festival nouv.o.monde .

ANNIE GAVA
Mars 2018

Photo ©Kanibal Films Distribution

Le Festival nouv.o.monde, organisé par Les Films du Delta s’est  tenu à Rousset du 16 au 25 mars 2018.

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