Le printemps «des sacre(s)» ! a eu lieu au théâtre d’Arles

100 ans de Sacres !Vu par Zibeline

Le printemps «des sacre(s)» !  a eu lieu au théâtre d’Arles - Zibeline

La version revisitée du Sacre du printemps par Roger Bernat, en hommage à Pina Bausch, prônait la liberté de la gestuelle du danseur qui l’avait majestueusement adapté en 1975. Pour ce spectacle du créateur catalan, un dispositif interactif surprenant a été mis en place. En entrant dans la salle, il n’y a ni chaises, ni scène, ni même de danseurs ! Un simple casque audio est mis à disposition de chaque spectateur. Une voix électronique et anonyme plante avec délicatesse le décor composé d’un pré printanier entouré de collines et de la forêt. De mystérieuses instructions surgissent dans l’oreille du public, l’assemblée se déplace de manière harmonieuse, et au fur à mesure, chacun trouve sa place… dans le ballet ! La mutation opère et le spectateur se métamorphose en interprète. Pas de brutalité, pas d’obligations, pas de performances ou de jugements, le rôle est donné à qui le souhaite et l’interprète comme il le ressent. Rythmé par la musique d’Igor Stravinsky, la ligne directrice est donnée avec humour par cette voix malicieuse et tout aussi amusante. Mais sur scène, c’est lui qui agit, ce spectateur/danseur, timide, expressif ou maladroit peu importe… Ce spectacle sera unique, quel privilège !

Une autre version de cette œuvre majeure du siècle dernier a été proposée par Dominique Brun. Les archives de la chorégraphie originale ayant disparu, la créatrice a décidé de s’inspirer des dessins de Valentine Gross-Hugo. Pour cette cent-quatre-vingt-dix-septième version (#197), elle restructure totalement la danse mais aussi la musique originale qui est mixée, saccadée, décomposée et par instant, chantée par la sublime mezzo-soprano, Isabel Soccoja. Six danseurs parmi lesquels François Chaignaud, Emmanuelle Huynh, Sylvain Prunenec entrent en harmonie, et même en transe, avec les fibrations de la musique électronique. La source qui l’a inspirée module toute la mise en scène grâce à cette décomposition et ces temps d’arrêts liés au caractère immobile du dessin. Une véritable exploration artistique, innovante, dont il est malheureusement difficile pour le spectateur de saisir les enjeux.

Dominique Brun entamera l’année prochaine une seconde partie du Sacre du printemps. C’est un fait, cette œuvre magique perdurera… jusqu’à son bicentenaire !

ANNE-LYSE RENAUT
Avril 2013

Le printemps «des sacre(s)» !  a eu lieu du 21 au 26 mars au théâtre d’Arles