Le quartier marseillais de la Belle de Mai accueille une Cité d'artistes dans un ancien couvent

Couvent en transition

Le quartier marseillais de la Belle de Mai accueille une Cité d'artistes dans un ancien couvent - Zibeline

La Ville de Marseille confie pour 3 ans le Couvent Levat à l’association Juxtapoz, pour en faire une Cité d’artistes.

On se souvient de l’exposition collective Aux Tableaux, grand succès de l’année 2015 à Marseille : 40 street artistes s’étaient emparés d’un pensionnat catholique, l’ancien lycée Saint Thomas d’Aquin, transformant les lieux en s’inspirant de l’univers scolaire. Le projet était porté par l’Atelier Juxtapoz, qui œuvre pour la promotion des cultures urbaines (lire nos critiques de l’exposition et de son catalogue).

Acquisition du Couvent Levat

Lors du conseil municipal du 6 février 2017, la Ville de Marseille s’est porté acquéreur d’un autre établissement religieux, le Couvent Levat, situé dans le quartier de la Belle de Mai. Un espace exceptionnel comprenant 2000 m2 de bâtiments, sur 17 000 m2 de jardins merveilleusement préservés, avec cerisiers, amandiers et oliviers, irrigués par un système hydraulique performant (la Congrégation des sœurs Victimes du Sacré Cœur de Jésus était installée là depuis 1843). Lorsque les nonnes ont décidé de déménager en Vendée, la municipalité a fait appel à l’association Juxtapoz, proposant de mettre à sa disposition les lieux, contre « le gardiennage, la sécurité, l’entretien et le maintien de l’ancien couvent ».

L’objectif étant d’y développer, pour une durée de 3 ans, une Cité d’artistes dans le cadre du projet Quartiers libres Saint Charles – Belle de Mai. Pour Laure-Agnès Caradec, adjointe au Maire déléguée à l’Urbanisme, il convient de développer le secteur « à l’échelle de la future gare Métropolitaine ». Solange Biaggi, sa consœur déléguée au Commerce, se réjouit du fait que l’occupation par les artistes préserve le bâtiment « d’éventuels squatteurs susceptibles de le dégrader », et le foncier « des promoteurs immobiliers ». Anne-Marie d’Estienne d’Orves, en charge de la Culture, se dit quant à elle ravie de retravailler avec Juxtapoz : « Après la réussite incroyable de St Thomas d’Aquin, il était juste et normal qu’ils nous accompagnent ici. » Un appel à projet complémentaire concernant les jardins devrait incessamment être lancé, pour les ouvrir au public.

Le projet

Selon le sociologue Étienne Ballan qui suit le dispositif Quartiers libres, confier les lieux pour 3 ans aux artistes permet à la municipalité de « bien prendre le temps de réfléchir à l’avenir ». Il évoque un « vrai virage au niveau de la Mairie, qui assure aux habitants du quartier une réelle concertation ». Un point sur lequel Laure-Agnès Caradec renchérit : « ils ont été très surpris lorsqu’on leur a dit qu’on n’avait rien à leur présenter, et qu’on leur a simplement demandé quelles étaient leurs attentes ». À suivre de près donc, tant il est vrai que souvent les concertations ne servent qu’à mettre les marseillais devant le fait accompli. Sur le site de la rue Levat, la Maire de secteur Lisette Narducci a bien des idées, notamment la possibilité d’y ouvrir un jardin de lecture lorsque la Cité des artistes passera le relais, voire une bibliothèque de quartier, mais elle n’a « pas encore reçu de réponse ».

Et les artistes ?

« C’est un lieu complètement fou ; même si la charge de travail est conséquente, un projet comme celui-ci ne se refuse pas. » commente Karine Terlizzi pour Juxtapoz, précisant qu’il ne s’agira pas d’un « Aux Tableaux 2 », et que la Cité sera destinée avant tout aux créateurs locaux : « il y a de très bons artistes dans la région, on entend particulièrement mettre en avant les femmes ».

Après des travaux de mise aux normes de sécurité, de maçonnerie et d’électricité (il faut casser les cloisons des cellules de nonnes – 7m2 chacune), l’association s’est donné 6 mois pour remplir les lieux d’artistes, soit une trentaine d’ateliers d’art visuel, en ouvrant aussi éventuellement des bureaux à d’autres structures culturelles. Les loyers sont modérés, à 7€ mensuels/m2, sur signature d’une convention d’un an renouvelable. Pour Karine Terlizzi, cela pallie un peu la pénurie d’ateliers d’artistes (« 11 lieux seulement mis à disposition pour les moins de 30 ans, sur tout le territoire marseillais ! »). Elle prévoit aussi à terme des résidences, rémunérées, « même si c’est compliqué de trouver des financements pour les résidences ».

À ce sujet, lorsqu’on lui demande si la Cité n’est pas un moyen pour la Mairie de bénéficier du travail d’artistes sans bourse délier, comme c’était le cas sur St Thomas d’Aquin, la jeune femme répond : « Effectivement pour Aux tableaux les artistes étaient défrayés et logés mais pas payés, nombre d’entre eux ont eu envie de participer bénévolement. Nous n’avions pas beaucoup de trésorerie et la rénovation a coûté cher. Cependant si nous avions su que nous aurions autant de succès*, nous aurions demandé un crédit pour les payer. »

GAËLLE CLOAREC
Mars 2017

* La manifestation a attiré plus de 40 000 visiteurs

Photos : Bâtiments -c- Elodie Gaillard et jardins -c- G.C.

jardins Couvent Levat