Aix-Marseille Université vise le haut du campus

Construire le savoir

Aix-Marseille Université vise le haut du campus - Zibeline

Aix-Marseille Université (AMU) se lance dans un programme de rénovation de grande envergure, pour accueillir ses 72 000 étudiants et asseoir sa vocation internationale.

Quiconque s’est promené récemment aux abords de la Faculté de Lettres d’Aix-en-Provence aura constaté une nette agitation. Un bâtiment se construit avenue Robert Schuman, à l’entrée… et ce n’est qu’un début. Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, est venue fin juin poser la 1re pierre de l’Opération Campus Aix-Quartier des Facultés, qui prévoit pour 2015 un parc de stationnement, la rénovation des locaux existants, et le réaménagement de l’ensemble des espaces extérieurs. D’autres projets concernent la Faculté de Droit, et le site scientifique de Luminy à Marseille, mais pour Hervé Isar, vice-président de l’AMU chargé du Patrimoine, «Il fallait porter intérêt aux Sciences humaines et sociales, qui ont tendance à se sentir délaissées. Aujourd’hui, on est à la limite de la sécurité. Sans l’Opération Campus, on aurait dû fermer le bâtiment».

Il est certes temps de rénover cette construction des années 50, dont les façades s’effritent dangereusement, et dont les salles de cours débordent régulièrement, les étudiants prenant des notes assis dans les couloirs. En Psychologie, l’une des filières les plus engorgées, «c’est mieux depuis l’an dernier», déclare une jeune femme inscrite en Licence. Hervé Isar explique cette amélioration par une meilleure répartition des locaux, suite à la fusion des Universités intervenue en janvier 2012 : «Il n’y a plus de clivage avec la Faculté de Droit qui ne partageait rien. Le portail entre les bâtiments a été ouvert. Au début les deux communautés se regardaient en chiens de faïence, les uns craignant d’être envahis par les fascistes, les autres par l’avant-garde éclairée du prolétariat.»

Une logistique optimisée, la prise en compte du facteur environnemental avec la construction de bâtiments aux normes HQE1, un soin attentif porté aux transports, pour développer la connexion entre Aix et Marseille («L’AMU pèse de tout son poids pour développer la liaison ferroviaire entre les deux villes»), tout ceci est très enthousiasmant, sur le papier. Cela ne suffit pas à convaincre les personnels de l’AMU. Un professeur déplore que l’on s’occupe plus des murs que des gens, évoque la «douce brutalité» de la direction du Pharo, dont découlerait une grande souffrance au travail, une perte de sens dans l’enseignement. Il ne souhaite pas donner son nom, «parce que des collègues ayant répondu à Médiapart ont été convoqués». Dans l’un des Centres de Formation de l’Université, le constat n’est pas plus encourageant : «Tout cela s’est fait sans concertation. On a fermé toutes les bibliothèques de section pour centraliser la gestion, et dans les nouveaux bâtiments, il est strictement interdit de ramener des livres.»

Le 10 juillet, tous les personnels étaient invités à une présentation du projet. On leur aura montré un plan du futur campus, incluant plusieurs Places : de la Connaissance, de la Culture, des Humanités. Cela suffira-t-il à dissiper leurs inquiétudes, dans un contexte tendant à la libéralisation de l’enseignement ? On ne peut pas gérer une université comme une entreprise.

GAËLLE CLOAREC
Juillet 2014

1Haute Qualité Environnementale


L’Europe en bailleur de fonds

Le projet de rénovation du site de l’AMU s’inscrit dans le cadre du Plan Campus, une vaste opération de financement des universités françaises. Initié en 2008, avec un budget estimé à 5 milliards d’euros, ce plan est resté quasiment bloqué depuis son lancement. Nommée ministre de l’Enseignement supérieur en 2012, Geneviève Fioraso remet en question la méthode choisie par ses prédécesseurs, écartant notamment le recours systématique aux Partenariats Public-Privé (ce modèle sera toutefois conservé dans le cas de l’AMU). En outre, une modification de la loi, entérinée en 2013, vise à faciliter les réalisations à venir : les universités françaises sont désormais autorisées à emprunter directement, à la Caisse des Dépôts et à la Banque Européenne d’Investissement. Un changement radical qui ancre un peu plus les facultés sur le terrain libéral. Au-delà de la rénovation, indispensable, il s’agit aussi d’inciter l’université à entrer dans des logiques de rentabilité.

Le Plan Campus est réactivé, pour une enveloppe globale de 2,6 milliards d’euros, dont 1,3 milliards financés par la BEI. Il concerne les aménagements de treize universités françaises. Pour l’AMU, le budget est de 250 millions d’euros, dont 127 millions issus d’un prêt de la BEI. L’objectif étant de faire de l’AMU un site de dimension européenne et internationale. Avec à la clef, l’opportunité de puiser de nouvelles ressources. «Si l’AMU réussit son développement, elle pourra solliciter d’autres financements européens majeurs», explique Cyril Robin-Champigneul, chef de la représentation de la Commission Européenne à Marseille.

Ainsi, le programme Horizon 2020, axé sur la recherche et l’innovation, avec «l’excellence scientifique» pour priorité, représente une manne de 80 milliards d’euros, à répartir sur l’ensemble des états membres de l’UE. Quant au budget total du dispositif Erasmus, en nette augmentation pour la période 2014-2020, il est doté de 15 milliards d’euros.

JAN CYRIL SALEMI
Juillet 2014