Le festival de Chillol: une véritable mise en oeuvre de coopération culturelle

Composer avec le territoire…Vu par Zibeline

Le festival de Chillol: une véritable mise en oeuvre de coopération culturelle - Zibeline

Michaël Dian, directeur et fondateur du Festival de Chaillol, revient sur les principes de cette initiative qui, sortant des fonctionnements traditionnels, propose une nouvelle forme d’approche de la transmission et du partage

Zibeline : Comment fonctionne un Festival comme celui de Chaillol ?

Michaël Dian : Le festival de Chaillol est la seconde partie de notre saison, son pic d’intensité. Après les Week-ends Musicaux, qui présentent 24 concerts entre janvier et juin, accompagnés de nombreux moments d’action et de médiation culturelles au cœur du territoire, le public haut-alpin se mêle aux mélomanes venus de toute la France pour profiter des propositions du Festival de Chaillol. Parti du village de Saint-Michel de Chaillol qui avait accueilli quelques concerts d’une bande de copains, l’Espace Culturel de Chaillol est aujourd’hui une structure qui déploie un programme d’activité très complet sur le vaste territoire du bassin gapençais. Il se conçoit comme un service public de proximité, un outil de développement culturel parfaitement adapté aux contraintes géographiques et démographiques du territoire. Une activité conséquente, doublée d’une légitimité patiemment construite auprès des nombreuses collectivités partenaires et bénéficiaires, ont permis à l’ECC de se doter d’une équipe salariée, passionnément engagée et solidement implantée. L’Espace Culturel de Chaillol, qui ne gère pas de lieu, est une équipe sans équipement, qui a fait de son territoire un terrain de jeu, au sens le plus fort du terme, un outil de coopération culturelle attaché aux valeurs d’intérêt général.

Avec quel financement ?

Le financement de l’Espace Culturel de Chaillol témoigne de l’intérêt porté par l’ensemble de nos partenaires au principe fondateur d’une itinérance que nous avons choisie. Ce qui n’était initialement qu’une intuition, un élan, le désir d’une relation authentique aux populations, a permis le développement d’une approche résolument mutualiste de la production : faire à plusieurs ce qu’aucun, dans un territoire rural de montagne, ne peut faire seul car le plus souvent, dans ces petites communes, l’expertise, la connaissance des réseaux, les moyens et les infrastructures manquent. En apportant une contribution forfaitaire à la production, qui n’est pas un prix de vente mais une adhésion à un dispositif, chacune d’elles confirme une volonté d’offrir un accès facilité à l’excellence musicale, au plus près des habitants. Cela suppose une très forte implication de notre équipe sur le terrain et une passion de la médiation qui relève d’une éthique de la relation. Les autres échelons, indispensables pour faire exister cet espace de coopération, sont l’État, la Région PACA, le Département et l’ensemble des sociétés civiles de la musique, complété par un mécénat de proximité qui, au-delà des incitations fiscales, est la marque d’un fort soutien de nos publics.

Cela correspond à une réelle vision politique…

Nous retrouvons les logiques qui prévalent dans les économies de montagne qui sont, par nécessité, des modèles de sobriété, comme le définit Pierre Rabhi dans son livre Vers la sobriété heureuse. Le fonctionnement n’est pas dispendieux, nous sommes toujours dans la recherche d’une efficience maximale. Nous collaborons avec les différentes communautés de communes du pays gapençais que la loi NOTRe a placé au cœur des territoires. Pour elles, comme pour nous, il n’y a pas nécessairement d’opposition entre les logiques d’animation et les exigences de la création. Qu’y a-t-il de plus beau que d’animer un territoire si l’on veut bien entendre le sens originel du mot anima qui est l’âme, le souffle. Cela relève, au fond, d’une perspective spirituelle qui renvoie à l’aspiration des gens à la communion : la salle de concert, par le silence que chacun offre à ce qui s’y donne, fait exister une communauté d’attention, éphémère, bienveillante, autour de la musique. C’est une expérience que chacun consent à vivre, même si on n’est pas obligé de tout aimer d’un concert ou d’une programmation. Les gens sont attachés à la musique pour cette énergie qui, en deçà ou au-delà des mots, nous relie au vivant.

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2017

Photographie : équipe du festival de Chaillol © Alexandra Chevillard