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Philo Kakou n°37-38

Comment révolutionner la philosophie avec une pierre qui tombe ?

Philo Kakou n°37-38 - Zibeline

Vous pensez immédiatement à Galilée qui aurait jeté une pierre et un sac de plume du haut de la tour de Pise ? Eh bien non. Comme on en parlait la dernière fois, c’est sur Spinoza qu’on s’arrête un peu. Lui c’est un philosophe, donc cette pierre il ne l’a pas jetée, il relate une expérience imaginaire. Donc : imaginons que nous jetons une pierre du haut d’une falaise, par exemple, et que pendant sa chute la pierre se mette à penser ; elle se dira qu’elle bouge parce qu’elle le veut. Pour Spinoza, la conscience de l’homme l’illusionne sur lui-même : parce qu’il est conscient, il se croit libre et pense être la cause de ses propres actes. Or la conscience est un coup de projecteur à un instant « T » ; ce n’est pas une connaissance. La conscience de soi n’est pas une connaissance de soi. Ce qui fait ce que nous sommes est extérieur à nous, cela dépend de causes externes. Je crois avoir choisi le métier que je fais mais il est déterminé par les circonstances, et surtout par mon environnement familial : la sociologie confirmera la pierre de Spinoza !

Ainsi, il n’y a pas de différence de nature entre un arbre et l’homme pour Spinoza : toute chose, dans la nature, est ce qu’elle est par les causes qui la déterminent ; la nature est un empire dont nous sommes les sujets. D’où la fameuse phrase de Spinoza, retenez-la bien pour faire l’intéressant(e) : « L’homme n’est pas un empire dans un empire ».

Qu’est ce à dire ? Que la seule différence entre une pierre, un végétal, un animal et l’homme est une différence de degré de complexité dans les causes déterminantes : un minéral est ce qu’il est par des causes assez simples, un végétal par des causes plus complexes, un animal encore plus ; et à un certain niveau de complexité on arrive à l’homme !

Voilà : en même temps que Galilée, mais sans télescope, Spinoza décentre l’homme de sa toute puissance dans l’univers !

RÉGIS VLACHOS
Mai 2019