Sommes-nous égaux devant l'offre culturelle ?

Citoyen culturel de deuxième et troisième zones

Sommes-nous égaux devant l'offre culturelle ? - Zibeline

Sommes-nous égaux devant l’offre culturelle ? Les financements publics de la culture ne concernent pas équitablement tous les Français, dans un pays où la centralisation fait loi, et système.

L’Arcade, agence régionale des arts du spectacle, s’apprête à publier son étude régulière (tous les deux ans) sur les financements de la culture 2014 en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Une étude qui permet, entre autres, de comparer les financements publics des collectivités : l’État, la Région, les 6 Départements, et un panel de 28 Intercommunalités et 93 Communes sont observés, et les chiffres qui en découlent sont comparés.

Système de compensation

En région PACA, les équilibres territoriaux sont subtils. Les chiffres datent de 2014, soit avant les élections régionales, départementales et municipales, mais ils n’ont pas notablement changé, sauf sur 2 points : le fort désengagement du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône qui depuis 2014 a baissé le budget culture d’au moins 25%, et l’a de plus concentré sur Marseille ; le rééquilibrage des dépenses de la Région, en particulier vers les Alpes-Maritimes, sous dotées par rapport aux Bouches-du-Rhône lors des mandatures précédentes : Michel Vauzelle parlait d’équité par le développement culturel des territoires défavorisés, Christian Estrosi veut l’égalité des dépenses culturelles, quel que soit le niveau de vie des habitants. repartition-par-hbt-avec-millions

Pour ce qui est des communes, celles des Alpes-Maritimes, plus riches que les autres, investissent davantage dans la culture ; il n’en est pas de même dans le Var où, à l’exception notable de Toulon, les budget culturels des communes sont particulièrement bas, pour un département où le niveau de vie est élevé ; mais c’est dans les Alpes de Haute-Provence et les Hautes-Alpes que le financement des communes est au plus bas, et entraîne avec lui une très faible implication de l’État et de la Région : il est en effet difficile d’abonder au fonctionnement d’équipements quand les villes qui les abritent ne le font pas. Les communes de Vaucluse, en dehors d’Avignon, sont elles aussi très en dessous de la moyenne des communes en France, mais l’État et la Région finançant les festivals d’Avignon et d’Orange, l’effet d’entrainement du peu d’engagement des communes, et du Département de Vaucluse, est moins net.

Quant aux Bouches-du-Rhône, elles bénéficient de l’effet de centralité : les équipements à vocation régionale ou nationale y sont plus nombreux, et de fait mieux financés, par les collectivités et l’État. En particulier les festivals (Aix et Arles). Mais malgré la plus forte implication de l’État et de la Région, la dépense par habitant y demeure moins forte que dans les Alpes-Maritimes, les communes y dépensant moins. Ce fait, constaté en 2014, sera certainement accentué en 2016 avec la baisse du Conseil départemental et le rééquilibrage du Conseil régional.

L’effet de centralité s’exerce donc, globalement, en région PACA : dans chaque département, la ville centre est la mieux financée (Avignon, Toulon et Nice), les Alpes restant dans leur périphérie montagneuse, et les Bouches-du-Rhône, avec leurs 2 millions d’habitants, possédant plusieurs centres (Aix, Arles et Marseille) et faisant office de capitale culturelle régionale multitêtes.

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Centralité parisienne

L’inégalité fondamentale ne réside pas entre les départements de la région, mais entre régions et capitale. Le ministère de la Culture, qui publie chaque année les chiffres clés de répartition entre ses missions, ne produit d’ailleurs aucun document recensant leur répartition territoriale. Il est difficile de comparer les budgets nationaux (composés de financements de plusieurs ministères et divisés en missions diverses) et ce qui parvient en PACA : mais la seule mission culture (hors patrimoine et musées) répartie pour les 66 millions de Français leur attribuerait 39€ chacun. Sur un périmètre identique il reste, pour un habitant de PACA, 25€. Soit moins de deux tiers, au mieux, et la Région PACA n’est pas parmi les moins dotées en France.

Par ailleurs, la dépense par habitant est globalement plus forte en PACA qu’en France : ce sont les communes qui mettent la main à la poche, en particulier dans les Alpes-Maritimes, pour compenser le peu d’engagement de l’État. Lorsqu’elles sont riches elles y parviennent, lorsqu’elles sont pauvres, ou manquent d’intérêt pour la vie culturelle, en particulier depuis la baisse des dotations d’État, la vie culturelle est sous financée.

Où va donc cette différence, minimale, de 39 à 25€ ? À Paris. La très grande majorité des équipements entièrement financés par l’État sont à Paris, ainsi qu’un bon nombre des équipements nationaux (financés majoritairement par l’État). Les théâtres privés y bénéficient d’un fonds dédié, et un tiers des théâtres français sont d’ailleurs en Île de France, qui ne représente pourtant que 18% de la population. L’Opéra National de Paris coûte à l’État plus de 100 millions (0,4 millions pour l’Opéra de Marseille, 3,7 millions pour l’Opéra National de Montpellier) et il y construit encore, hier La Villette et la Philharmonie, et aujourd’hui la Cité du Théâtre, qui n’ont pourtant pas de vocation nationale puisqu’ils ne rayonnent jamais hors de Paris.

La Cité de théâtre aux Ateliers Berthier, dans le 17e arrondissement de Paris, est emblématique de la centralisation Française. Elle est conçue pour être un nouveau type de bâtiment culturel, sans qu’il soit question de reproduire ailleurs son modèle. Lors de sa visite, la ministre de la Culture se réjouissait de lancer un projet « de périphérie » pour « démocratiser la culture ». Certes Berthier n’est pas au centre de Paris, mais il n’est même pas en banlieue, et la périphérie parisienne est, aux yeux de 82% des Français, fort centrale ! Le rapport de 2015 du Ministère explique que pour des établissements parisiens comme l’Odéon ou Chaillot, « la subvention de fonctionnement augmente compte tenu des contraintes pesant sur la gestion de l’établissement, et afin de contenir l’érosion de leurs marges artistiques et prendre en compte la croissance tendancielle du coût du théâtre ». Propos de bon sens, mais que l’on n’entend jamais dans les DRAC qui doivent faire face à la même érosion…

Il y a bien, en France, des citoyens culturels de première zone, à Paris. Et de troisième zone, dans les Alpes ou le Nord Vaucluse…

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2016

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