L’actualité culturelle LGBT du Sud-Est

Cité Queer

 L’actualité culturelle LGBT du Sud-Est - Zibeline

« Les personnes trans sont des humains comme les autres »

Discriminations, idées reçues, revendications… Tour d’horizon de ce qu’il faut savoir sur la transidentité

Sensibilisation, entraide, luttes, Transat est une association de personnes trans nouvellement créée à Marseille. Rencontre avec l’un de ses responsables, Lee Ferrero, 22 ans, homme transgenre et futur enseignant.

Zibeline : Parlons d’abord vocabulaire. Derrière l’abréviation trans, quels autres termes est-il juste d’employer ?

Lee Ferrero : La transidentité est une identité autodéterminée par chaque personne concernée. Le point commun à toutes est le rejet du genre assigné à la naissance. La meilleure façon de ne pas se tromper est donc de parler de personnes trans. C’est le terme le plus respectueux. Transgenre est également un vocable consensuel. En revanche, transsexuel est un mot assez unanimement rejeté, donc à éviter. Certaines personnes peuvent toutefois l’employer pour parler d’elles mêmes. Transsexuel étant à l’origine un terme médical qui désignait une pathologie, il équivaut pour beaucoup d’entre nous à une insulte.

Restons encore un peu dans les questions pratiques. Quelle est l’attitude la plus respectueuse à observer à l’égard des personnes trans ?

Quand on ne connait pas la façon dont souhaite être appelée une personne, il faut la lui demander. Y compris si vous l’avez connue antérieurement avec un certain prénom. L’apparence n’implique pas que l’on veuille être appelé monsieur ou madame et désigné par un pronom masculin ou féminin. Certaines personnes se définissant comme non binaires utilisent des néologismes qui correspondent à des pronoms neutres inventés comme « iel » ou « ul ». Si vous vous trompez en genrant quelqu’un, il faut juste s’excuser et passer à autre chose. Enfin, il y a des questions intimes inappropriées comme celles qui concernent les organes génitaux. Pour connaître la limite, il suffit de se demander si on poserait la même question à une personne non trans. Les personnes trans sont des humains comme les autres.

Quels sont les préjugés les plus tenaces ?

On a tendance à croire que les traitements hormonaux sont irréversibles. Ce n’est pas le cas, même si cette idée est diffusée par le corps médical. Cela signifie que si on décide de les arrêter, la plupart des effets disparaissent et on retrouvera une apparence tout à fait crédible dans son genre d’assignation. En théorie, on peut également faire une transition en termes chirurgicaux dans les deux sens. Autre exemple, la confusion entre identité de genre et orientation sexuelle. Cette dernière est indépendante de la façon dont on se vit au niveau du genre. On entend souvent aussi que lorsqu’on est trans, on va être marginalisé, on ne va pas pouvoir s’intégrer dans la société. C’est quelque chose qui inquiète beaucoup les parents de personnes trans. On ne va pas dire qu’on ne subit aucune discrimination mais la situation, notamment au travail, a bien évolué. Un parcours de transition médicale n’a pas forcément de début ni de fin. Les démarches médicales dépendent des choix de chacun. Il y a juste des individus qui veulent se positionner par rapport à des normes de corps et sociales.

Quelles principales revendications demeurent ?

Le changement d’état civil, libre et gratuit. Malgré les améliorations, la décision revient à un tribunal. Nous demandons que la procédure puisse aboutir sur simple déclaration. C’est aberrant qu’une entité extérieure juge de l’identité de genre des gens. Lorsqu’on veut démarrer le protocole de transition, on doit d’abord passer devant un psychiatre. Nous voulons des médecins formés pour prendre en charge respectueusement les personnes trans sans psychiatrisation de leur démarche. De par la pénurie de médecins compétents, les délais en sont d’autant plus rallongés et peuvent mettre en danger les demandeurs. Nous demandons également l’accès aux techniques de préservation de la fertilité pour envisager l’accès à la procréation médicale assistée (PMA) et l’inclusion du public trans dans la recherche médicale. On ne connait pas, par exemple, les effets à long terme des traitements. Nous militons enfin pour une large campagne de sensibilisation du grand public et des administrations à la thématique trans.

La transphobie est-elle une réalité ?

La transidentité est un sujet tabou et méconnu. La majorité des faits transphobes relèvent de la transphobie ordinaire, du fait de l’ignorance du public par défaut de sensibilisation et du manque de formation de l’administration et du milieu médical. On se retrouve avec des professionnels de santé qui se disent eux-mêmes spécialistes et qui en viennent à prescrire des traitements reconnus dangereux pour la santé. Les agressions et les violences existent, bien sûr, leurs origines sont souvent homophobes et/ou sexistes. Tout cela découle du système dominant qui considère que les personnes sont cisgenres (non transgenres, ndlr) par défaut. Il faut arrêter de nous penser comme la marge. Nous avons une trajectoire de vie parmi tant d’autres.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LUDOVIC TOMAS
Octobre 2018

Photo : Lee Ferrero©Ludovic Tomas