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Cinéma Art et essai, expositions et restauration sur La Canebière fin 2019, avec le projet Artplexe

Cinéma.Art.food

Cinéma Art et essai, expositions et restauration sur La Canebière fin 2019, avec le projet Artplexe - Zibeline

Enfin ! Il y aura des cinémas en haut de la Canebière en lieu et place de la mairie de secteur du 1/7 !

On parle du projet depuis plusieurs années, mais après le retrait de MK2, soutenu par Patrick Mennucci, le précédent maire de secteur, le scepticisme était de mise. Or voilà qu’après accord du Conseil Municipal (avril 2015), signature du bail emphytéotique de 58 ans (février 2016), dépôt et obtention du permis de construire (juillet 2016-mai 2017), accord des Bâtiments de France (février 2017) et garantie financière apportée par le groupe CAP exploitant (mai 2017), la SAS Artplexe -dirigée par Gérard Vaugeois (président) et Jean-Jacques Léonard (directeur général)- décroche la timbale ! Les travaux commencent le 2 avril 2018 pour une livraison prévue au 4e trimestre 2019.

Tous les acteurs du projet Artplexe étaient réunis pour une présentation à la presse le 19 décembre à la librairie Maupetit : outre les concepteurs, Sabine Bernasconi, maire du 1/7 déjà dans ses cartons de déménagement, Philippe Dejust fondateur de Cap cinéma (22 salles) et président d’Artplexe Canebière, l’architecte Jean-Michel Wilmotte et MAP Architecture.

« Un cinéma mais pas seulement »

Ce concept Cinéma.Art.Food qui associe cinéma Art et essai, expositions et restauration dans le centre de Marseille, répond à un besoin de la ville : Marseille est particulièrement sous équipée avec seulement 9 cinémas, 49 écrans et 8377 fauteuils, un indice de fréquentation par an/habitant inférieur à toutes les grandes villes de France (2,93), encore plus bas pour l’Art et Essai. Le « déficit des spectateurs » est estimé à plus de 1,6 millions par an.

Pour parvenir à faire retrouver le chemin vers les salles obscures, « le cinéma n’étant plus la boite à images que c’était », Artplexe mise sur la convivialité pour le succès de ce projet. Comme l’a fait Cap Cinéma dans ses 22 salles. Les entrées  ne représentant que 15 à 20% des recettes, vendre du pop- corn (bio ?) permettra la viabilité du projet ! Il faudra diversifier l’offre cinématographique et proposer à côté des films Art et Essai des blockbusters et des films commerciaux en V.O. La salle de cinéma devient par ailleurs salle de spectacles, accueillant retransmissions, concerts et sera louée à des entreprises, des séminaires et des conférences.

« Un bâtiment mais pas seulement »

C’est à Wilmotte & Associés, un architecte international, qu’est confiée la réalisation de ce bâtiment conçu comme « une rue couverte entre La Canebière et les Allées Léon Gambetta, pour constituer un véritable lieu de vie ». 7 salles de cinéma dont une de 281 places pouvant accueillir des spectacles vivants, une brasserie, un lounge bar, un restaurant panoramique et un grand hall d’accueil avec espaces d’expositions ; en tout, 850 fauteuils qui recevront 350 000 spectateurs, si tout va bien. La Mairie soutient fortement Artplexe -loyer modéré à 15 000 euros/an, complété par une partie variable indexée sur les résultats- qui entre dans le projet de revalorisation de la Canebière, permettant au quartier de « renouer avec son identité patrimoniale et culturelle », en synergie avec la librairie Maupetit, les Bernardines, le Gymnase…

Rentabilité ou culture

Le projet affiche clairement son objectif commercial, logique pour un cinéma privé, mais revendique aussi une ambition artistique, cherchant l’équilibre entre culture et divertissement, création et loi du marché, pédagogie et rentabilité. Un pari risqué : comment faire revenir les Marseillais des quartiers sud qui ont pris l’habitude de fuir cette artère paupérisée ? La population du centre ville pourra-t-elle s’approprier ce lieu, et la politique tarifaire sera-telle adaptée ? Face à la carence des transports en commun en soirée, et au parking insalubre des Allées Gambetta qui affiche des tarifs délirants, comment les cinéphiles retrouveront-ils le chemin de la Canebière ?

Y aura-t-il une réelle collaboration entre Artplexe et Les Variétés sans guerre pour la diffusion des films ? Comment le complexe culturel accueillera-t-il les festivals, les associations qui œuvrent à amener dans les salles obscures le public qui n’y vient jamais, associations qui sont actuellement mises en difficultés par des coupes de subvention brutales ?

On aurait pu rêver d’un cinéma municipal Art et Essai sur la Canebière, avec des missions d’éducation à l’image, de soutien à la création, de diffusion en lien avec le réseau associatif. Le choix de faire appel à une entreprise impliquera forcément une logique de marché, le public étant avant tout une clientèle-cible. Artplexe (marque déposée) fait pour séduire les classes moyennes, saura-t-il  assouvir le désir de cinéma de chacun, le faire naître et revivre au delà de l’industrie cinématographique surmédiatisée ? On peut se le demander.

Annie Gava, Élise Padovani
Décembre 2017

Photo : -c- Artplexe Canebière – Wimotte & Associés Architectes