Triste nouvelle : la Galerie du Conseil général des Bouches-du-Rhône va fermer à Aix-en-Provence

Chronique de deux morts annoncées

Triste nouvelle : la Galerie du Conseil général des Bouches-du-Rhône va fermer à Aix-en-Provence - Zibeline

C’est officiel : le Conseil général des Bouches-du-Rhône vient d’envoyer son «invitation au vernissage ultime à la Galerie d’art d’Aix-en-Provence le jeudi 19 juin à partir de 18h30». Après 19 ans d’existence atypique -ni musée, ni centre d’art, ni galerie-, l’Hôtel de Castillon tirera définitivement le rideau à l’issue de son exposition estivale L’œuvre photographiée : les ateliers d’artiste de Picasso à Warhol. Une décision difficile à comprendre au regard du chiffre de fréquentation annuelle (100 000 visiteurs), de la diversité des commissariats conçus par Michel Bepoix qui reçut, entre autres, Pierre Soulages himself, et de l’exigence de la politique curatoriale de Véronique Traquandi qui fit appel aux meilleurs conseillers scientifiques, historiques et artistiques (Agnès de Gouvion Saint-Cyr, Éric Mezil, Gilles Mora…) à l’occasion de quatre expositions par an en moyenne. Sans compter le choix éditorial d’accompagner les expositions d’un catalogue. Il est également nécessaire de rappeler que depuis 2005, le Conseil général invitait tous les deux ans en résidence un artiste de renom dont le travail était en lien avec une spécificité territoriale : la notion de désert pour Raymond Depardon, les objets des religions et des superstitions pour Bernard Plossu ou les Bouches du Rhône pour Agnès Varda. Résidences suivies d’une exposition de trois mois à Aix-en-Provence et d’une tournée dans le département pendant deux ans.

Cette liquidation annoncerait-elle d’autres mauvaises nouvelles, comme la fermeture en 2016 du Château d’Avignon qui a su allier depuis 2005 arts visuels contemporains et public familial ? Qui a su associer commandes aux artistes vivants, emprunts aux collections publiques et privées, conservation et valorisation d’un patrimoine exceptionnel né à l’aube du XXe siècle. En guise d’épilogue, Le domaine des murmures #1 (2014) et #2 (2015) proposera aux visiteurs une immersion visuelle, sonore et sensorielle en interaction avec la nature et les dépendances du château…

«Ici la culture est partout !» scande le logo du Conseil général jusque sur son «invitation au vernissage ultime». Vraiment ? La disparition programmée de ces deux fleurons dans le domaine des arts visuels laisse perplexe quand la situation des artistes plasticiens est plus que précaire : au mieux ils sont inscrits à la Maison des artistes, au pire au RSA ! Un seul Jeff Koons ne doit pas faire oublier les milliers d’anonymes. Elle soulève également de nombreuses questions : le Conseil général a-t-il encore les moyens d’entretenir «les joyaux de sa couronne» ? Les économies espérées seront-elles redéployées dans le spectacle vivant, le cinéma ou la lecture ? Permettront-elles d’éviter que les associations culturelles coulent à pic avec la baisse drastique de leurs subventions ? Il ne semble pas… Autant de questions sans réponse, nos tentatives nombreuses de joindre le cabinet de Monsieur Guérini étant restées lettre morte.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juin 2014

Sur le même sujet, écouter la chronique d’Alain Paire sur WRZ ici

L’œuvre photographiée : les ateliers d’artiste de Picasso à Warhol
du 20 juin au 20 septembre
Galerie du Conseil général des Bouches-du-Rhône, Aix-en-Provence
04 13 31 50 70
www.culture-13.fr

Le domaine des murmures #1
du 10 juillet au 10 octobre
Week-end d’ouverture gratuit
Domaine départemental du Château d’Avignon, Saintes-Maries-de-la-Mer
04 13 31 94 54
www.culture-13.fr

Photo : Domaine-du-Château-d’Avignon-c-Claude-Lorin