Traverses : en PACA, 32 structures culturelles créent un réseau de professionnels à vocation régionale

Chemins de Traverses

Traverses : en PACA, 32 structures culturelles  créent un réseau de professionnels à vocation régionale - Zibeline

Ce sont 32 scènes qui se sont alliées en Provence-Alpes-Côte d’Azur, pour penser et peser ensemble. Ce n’est qu’un début, et déjà un combat.

« Devant la fragilité de plus en plus grande des artistes et des acteurs culturels, la montée des nationalismes et des communautarismes, notamment dans nos villes et dans notre région, aujourd’hui 32 théâtres s’inscrivant dans des missions de service public (…) ont décidé de travailler ensemble dans le cadre d’un réseau de professionnels à vocation régionale dénommé Traverses »

C’est ainsi qu’Anne-Marie Franon, directrice du Forum de Fréjus et Présidente du réseau, introduisait le propos. Sur scène, dans la salle du Bois de l’Aune à Aix le 16 juin, des directeurs mobilisés présentaient leur réalité économique, et un bilan de leurs activités impressionnant.

Ainsi leur budget* cumulé s’élève à 45 millions d’euros (dont 75% de subventions et 25% de recettes propres et mécénat). Ils génèrent 332 emplois (en équivalent temps plein) pour une masse salariale de 16,5 millions d’euros. Ils proposent chaque année 871 spectacles, soit 1744 représentations, pour 410 447 spectateurs payants.

Ils sont des acteurs essentiels de la vie économique du territoire, générant des activités induites importantes (communication, restauration, tourisme, transports…) mais surtout, et c’est une de leurs spécificités par rapport aux festivals, accueillant un nombre très important de compagnies régionales : 32% des représentations sont proposées par des compagnies régionales, souvent coproduites (pour 553 000 €), et très souvent en résidence dans ces lieux (75% des résidences, soit 933 jours, sont destinés aux compagnies régionales dans le réseau).

Car ces théâtres pluridisciplinaires se réunissent autour d’une charte, et d’une véritable conscience du service public : soutien aux artistes et aux compagnies régionales, mesures d’accompagnement et d’actions culturelles auprès du public, rapprochement pour produire et diffuser ensemble… le réseau sait qu’aujourd’hui, pour continuer à proposer une programmation ambitieuse qui concerne les citoyens et permette à la création d’exister ici, il faut « renouer le dialogue avec nos élus et l’État ». Présent dans la Conférence régionale, nul doute qu’il en sera en acteur essentiel, et que chaque théâtre parviendra à « garder sa spécificité tout en travaillant à une politique commune » (Agnès Loudes, Théâtre Vitez). Et que d’autres théâtres, en particulier dans le Vaucluse où Traverses est tout neuf, intègreront le réseau : les deux Centres dramatiques nationaux y seraient également, on l’assure, bienvenus.

S’associer pour résister ?

Un bel ensemble, donc, qui se décrit comme une force de proposition. Mais cette association de directeurs, qui ne sont pas vraiment des patrons, dissimulait assez mal d’autres raisons qui les rassemblent. En effet, lorsqu’on leur demanda qui parmi eux avait vu, depuis 2014 et ces chiffres, ses subventions augmenter, seules deux  mains se levèrent ; trois autres pour annoncer que leur budget avait stagné ; pour tous les autres, il avait baissé, souvent « notablement ». Ce qui, chacun l’a dit, impacte avant tout la « marge artistique », les coûts fixes (salaires des permanents, fluides…) ne pouvant pas être diminués. Et impacte aussi tout ce qui relevait de démarche de voisinage, de pratique, d’ateliers et de rapport avec un public à conquérir et accompagner.

« L’action culturelle, le travail avec le territoire, on connait, on fait ça naturellement, et c’est même très intéressant pour les artistes, ce rapport là, qui est une demande relativement nouvelle des tutelles. Mais on n’est pas là non plus pour garantir la paix sociale, mais pour créer et diffuser des œuvres. Vers le plus de gens possibles, et le mieux possible. » (Elodie Presles, Théâtre Durance)

« On nous demande toujours de faire plus, avec le même argent, voire moins. Plus d’actions culturelles, d’accueil de compagnies, plus d’argent consacré à la création, tout en veillant à diffuser ensuite ces créations, et en ayant un bon taux de remplissage. Du résultat. » disait Pierrette Monticelli (Minoterie).

Didier le Corre (La Garance) précisait : « Les compagnies sont à bout de souffle, la tête sous l’eau. Il faut que nous les aidions. Or nous sommes aussi dans des problématiques de survie structurelles dues à nos baisses de budget, et aux exigences de résultat des tutelles. Il faut sortir du système libéral dans lequel le service public de la culture a été enfermé, et qui amène parfois à offrir au public des spectacles commerciaux, qui se vendent bien. Pour revenir au service public de la culture, il faut sortir du libéralisme pour entrer dans la coopération ».

Et dans la lutte, sans doute…

AGNÈS FRESCHEL
Juillet 2016

*Les chiffres sont ceux de 2014 et concernent 29 théâtres sur les 32

Lire aussi notre retour sur les Ateliers de la Pensée du Festival d’Avignon 2016.