Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Risque d'OPA à Châteauvallon

Châteauvallon perd la boussole

Risque d'OPA à Châteauvallon - Zibeline

À l’heure du départ conjoint de Christian Tamet, directeur de Châteauvallon depuis 1998, et de Nathalie Anton, directrice adjointe depuis 1999, le bateau ancré sur la colline d’Ollioules tangue. Et l’horizon varois se brouille…

Pourquoi Christian Tamet renonce-t-il ? Nathalie Anton a, comme prévu, pris la direction de l’ARCADE depuis le 2 janvier, mais pourquoi le directeur part-il, et qui va le remplacer ? Y aura-t-il un recrutement, ou Châteauvallon va-t-il se fondre avec le Théâtre Liberté ? Si pour l’heure nul ne veut se prononcer il nous faut, pour comprendre les enjeux, remonter l’histoire.

Châteauvallon a en effet un passé mouvementé, lié dans ses premières années à l’élection d’un maire Front national à Toulon, qui avait à l’époque amené l’État à doter généreusement ce lieu de résistance culturelle, qui a toujours programmé des formes contemporaines, de recherche, de création. Mais le contexte politique a heureusement changé, et le Théâtre Liberté construit pour les frères Berling sur la grand place de Toulon rassemble aujourd’hui un public nombreux, fidèle et divers. À l’initiative de Frédéric Mitterrand, Châteauvallon s’est donc rapproché du Théâtre Liberté et bénéficie depuis du label (demi-label ?) « scène nationale » attribué à l’association Union Châteauvallon-Liberté.

Drôle de duo

Zibeline s’était déjà inquiétée de cette première scène nationale bicéphale, qui risquait en cette période de mutualisations forcées de resserrer les moyens et les missions de chacun. Pourtant la légitimité d’ouvrir un nouveau théâtre sur le territoire toulonnais apparaissait évidente, d’autant que son ambition, affichée dès l’ouverture en 2011, « était de devenir un pôle artistique et culturel majeur en Méditerranée (…) associant la recherche de l’excellence artistique à une dimension populaire ». Disposant de près de 1000 places réparties entre quatre espaces, le théâtre Liberté, dirigé désormais par Charles Berling et Pascale Boeglin, n’a cessé depuis son inauguration d’étoffer une programmation éclectique, d’approfondir des thématiques, de multiplier les temps forts.

Sauf que son succès ne peut effacer la spécificité de l’offre de Châteauvallon, fondé par Gérard Paquet et Henri Komatis en 1965, berceau des stars internationales de la danse et du jazz. Créé dès son origine comme un lieu « conçu pour et avec les artistes », il a développé sur son site un théâtre couvert de 405 places, un studio de 90 places, un amphithéâtre de plein air ouvert l’été et des appartements pour des résidences d’artistes. La liste des tous ceux qui ont foulé la colline est vertigineuse, invités à créer, à produire ou simplement à participer aux actions de sensibilisation menées avec les populations de Toulon et d’ailleurs : son public est fidèle, et Châteauvallon sur sa colline tient son rôle, bien différent du théâtre Liberté. Celui qui lui a valu, dès 1988, un label national que le Liberté n’a obtenu qu’en s’alliant à lui.

Le risque d’OPA

Aujourd’hui l’inquiétude est grande : quel est son avenir à court et à moyenne échéance en termes de financement et d’équipe ? La mutualisation des moyens entre Châteauvallon et le Liberté souhaitée par les tutelles passera-t-elle par son absorption pure et simple ? Doit-on craindre une uniformisation de la programmation alors même que chaque équipement défend une couleur, une identité, et œuvre à la complémentarité de l’offre artistique et culturelle dans l’ouest varois ? Si sa « disparition » était actée, pourquoi sacrifier cette richesse sur l’autel de contraintes budgétaires alors que l’un comme l’autre ont su préserver leurs spécificités et capter l’intérêt du public qui va et vient entre les deux pôles ? Les résidences d’artistes, les soirées d’été dans le sublime amphithéâtre, la programmation exigeante du théâtre couvert de Châteauvallon pourront-elles persister, pour un public varois peu gâté en termes d’offre théâtrale, et des compagnies varoises qui peinent à trouver des programmateurs ?

À l’heure de l’élection de Claire Chazal (le mardi 19 décembre 2017) à la présidence du conseil d’administration du Liberté, et alors que le Théâtre Liberté produit de moins en moins les compagnies locales, le pôle bicéphale saura-t-il rester ancré dans son territoire ?

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI et AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2018

Photo : Châteauvallon-scène nationale c X-D.R


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com