Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Entretien avec Pascale Boeglin Rodier et Charles Berling, directeurs de Châteauvallon

Châteauvallon en Liberté

Entretien avec Pascale Boeglin Rodier et Charles Berling, directeurs de Châteauvallon - Zibeline

Le 23 février, Charles Berling et Pascale Boeglin-Rodier ont été nommés officiellement directeurs de Châteauvallon. Une décision du Conseil d’Administration qui confirme la volonté de l’État et des collectivités. Entretien.

Zibeline : Vous dirigez conjointement le Théâtre Liberté de Toulon, qui jusqu’à présent formait avec Châteauvallon une scène Nationale unique, mais à deux pôles. Cette décision de vous confier également la direction de Châteauvallon remet-elle cette bipolarité en question ?

Charles Berling : Les deux institutions restent distinctes, mais effectivement cette décision vient confirmer la volonté des collectivités de rapprocher les deux pôles de la scène nationale. Depuis la création du Théâtre Liberté on nous a demandé de réunir les deux entités de l’agglomération toulonnaise…

Pascale Boeglin-Rodier : De plus l’État, dans un décret de mars 2017, a précisé qu’il fallait un seul projet artistique par label national. Il s’agit d’une seule scène nationale, à deux pôles mais unique : ce rapprochement des directions était légalement nécessaire, et le départ inattendu de Christian Tamet a permis que nous nous conformions à cette décision dès aujourd’hui. Quoi qu’il en soi, cela aurait été indispensable dès juin 2018.

Pour les années à venir, cela va-t-il modifier les programmations ?

C.B. : Pour la saison prochaine, la programmation est arrêtée à 70% par la direction précédente. Il s’agira pour nous de la compléter par nos propositions, et en 2019/2020 de proposer entièrement notre saison. Tout cela en accord, et je dirai même en co-construction, avec l’équipe actuelle : nous voulons, c’est vraiment important pour nous, travailler avec l’équipe, nous appuyer sur leur savoir-faire et leur expérience.

Cette programmation restera-t-elle artistiquement différente de celle du théâtre Liberté, construite en complémentarités ?

C.B. : C’est essentiel, fondamental. Moi qui connais Châteauvallon depuis que j’ai 12 ans je ne veux pas briser cette identité mais au contraire la retrouver. Ses spécificités artistiques étaient moins nettes ces dernières années… on ne peut pas encore vous parler de programmation parce que l’on veut parfaire nos liens avec l’équipe et décider avec elle, mais on a six mois pour retrouver l’identité de Châteauvallon.

Retrouver l’identité ? Vous pensez qu’il l’avait perdue ?

C.B. : La programmation était devenue moins emblématique qu’à sa naissance, pluridisciplinaire et assez similaire avec celle d’une scène nationale. Nous voulons retrouver les différences qui ont fait la saveur du lieu.

P.B.-R. : Oui, la complémentarité va d’ailleurs de soi. Au Liberté nous avons plusieurs salles dont une très grande, mais nous n’avons ni cette histoire, ni ce site en extérieur, ni les moyens d’accueillir les compagnies en résidences de création. Le site de Châteauvallon est parfait pour imaginer une programmation estivale, des événements en extérieur, et pour accueillir la création artistique dans des conditions idéales de logement et de répétition.

En aurez-vous les moyens ? Cette fusion des deux pôles s’opère-t-elle sans perte de financements ?

P.B.-R. : Pour l’instant l’ensemble des tutelles s’est engagée sur la reconduction des moyens de chacun des pôles.

C.B. : Oui, une bataille va être nécessaire les prochaines années. La mutualisation des équipes et des lieux ne doit pas s’accompagner d’une baisse de moyens pour la création artistique et la programmation. Les tutelles se sont engagées pour l’année prochaine, mais il va falloir qu’ils s’engagent au-delà. La métropole toulonnaise est sous dotée par l’État et la Région, il faut rééquilibrer les choses, et si Châteauvallon et Le Liberté sont aujourd’hui correctement financés, il ne faut pas que cela change sous prétexte de mutualisation.

Pensez-vous pouvoir assumer la direction de ces deux lieux très actifs sans recours à un directeur délégué ?

P.B.-R. : On se pose la question… Mais plutôt qu’un directeur délégué à Châteauvallon nous souhaiterions quelqu’un de transversal : on veut s’occuper concrètement de la direction des deux lieux.

C.B. : Il faut que les deux pôles parviennent à mieux travailler ensemble, à sortir du cycle de la concurrence pour entrer dans celui de l’enrichissement mutuel. On aime les ponts ! Entre les disciplines, les lieux, les publics, les pays… La personnalité de Christian Tamet empêchait un lien véritable, et si nous faisons appel à quelqu’un pour nous aider à programmer l’ensemble des salles, ce sera non pour opposer les lieux, mais pour construire un des volets du projet artistique commun à Toulon et Châteauvallon.

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Mars 2018

Zibeline, informée du départ conjoint de Nathalie Anton et Christian Tamet de la direction de Châteauvallon, avait annoncé ce rapprochement possible entre les deux pôles en janvier (Zib’114). En février, Zibeline publiait le droit de réponse de Charles Berling et Pascale Boeglin-Rodier, précisant entre autres qu’ils n’étaient pour rien dans ce départ (Zib’ 115).

Photo : Pascale Boeglin Rodier et Charles Berling © Vincent Berenger

Au programme du mois – Théâtre Liberté :

22 mars : Un faux pas dans la vie d’Emma Picard

Alain Fourneau adapte à la scène le troisième roman de la trilogie de Mathieu Belezi sur l’Algérie, avec Micheline Welter pour porter la parole, crue et transgressive, d’Emma Picard. Une femme qui, à la fin des années 1860, se débrouilla avec son époque, sa condition, son désir et son Dieu.

23 mars : Unwanted
Samedi détente avait déjà fait l’effet d’une bombe, Unwanted aussi qui ne laisse personne indifférent ! Créée au Festival d’Avignon 2017, la pièce de Dorothée Munyaneza dénonce l’utilisation du corps des femmes dans les combats et les conflits à travers un travail théâtral et chorégraphique singulier.

29 & 30 mars : Nénesse
Jean-Louis Martinelli poursuit son compagnonnage avec l’écriture dansante et truculente d’Aziz Chouaki, le « Céline algérois » comme il le nomme, avec cette farce politique, voire « anthropologique » autour de la figure de Nénesse. Personnage complexe et ambigu embringué dans une affaire de sans-papiers qui va mal tourner…

3 avril : PacifikMeltingPot
Les yeux et les oreilles ouvertes sur le monde, Régine Chopinot réunit sur le plateau chants, danses et musiques venus de France, de Nouvelle-Calédonie, de Nouvelle-Zélande et du Japon. Une traversée métissée qui lui ressemble, où la présence du corps n’est pas seulement réservée à la danse.

6 & 7 avril : Verso Medea
Entre les mains de la metteure en scène Emma Dante, la tragédie grecque d’Euripide est transposée dans la Sicile contemporaine, accompagnée de chansons en dialecte et d’airs populaires. Apre, puissant, le spectacle irradie de la présence d’Elena Borgogni, et prend les couleurs d’une fête incandescente et primitive.

13 & 14 avril : Des roses et du jasmin
Histoire et histoires intimes se croisent dans cette épopée contemporaine écrite et mise en scène par Adel Hakim, interprétée par les acteurs du Théâtre national Palestinien. Trois tableaux introduits par un duo de clowns-danseurs, quelques éléments de décor, un montage musical : trois générations d’une même famille prennent vie sur le plateau.

14 & 15 avril : Couple
Gilles Gaston-Dreyfus et Anne Benoît excellent dans ce jeu de massacre amoureux où se télescopent le désir, la haine, la perte, la fuite, les sarcasmes, la déception, la rage et la tendresse, la mélancolie et la fureur ! Une déclinaison fantasque -et cruelle- de la vie à deux interprétée à l’unisson… un comble !

 

Au programme du mois – Châteauvallon :

21, 23 & 25 mars : Traviata vous méritez un avenir meilleur

Ni fosse ni orchestre pour cette partition « désacralisée » de La Traviata, mais treize acteurs-chanteurs-musiciens qui réenchantent le livre et le roman (extraits) agrémentés d’archives. Avec, en guise d’écrin, la mise en scène au cordeau de Benjamin Lazar, spécialiste du théâtre baroque.

5 & 6 avril : Ludwig un roi sur la lune
Madeleine Louarn brode autour de Ludwig II de Bavière une « pièce-paysage » composée d’un texte très dense, de moments dansés, de musique live, en totale résonance avec le romantisme allemand et le personnage fantasque dont le règne annonça la fin d’un monde.

10 & 11 avril : Letzlove
Des échanges entre Thierry Voeltzel et Michel Foucault étaient nés une amitié amoureuse et un livre d’entretiens. Quarante après, la parole libérée et libertaire du philosophe résonne au théâtre sous les feux des projecteurs braqués par le metteur en scène Pierre Maillet qui déjoue la forme classique de l’interview. (voir aussi p ???).

13 & 14 avril : Orphelins
Nouvelle venue à Châteauvallon, Chloé Dabert nous fait entrer de plain-pied dans la vie des Orphelins décrite par le britannique Dennis Kelly. La comédie est noire, l’écriture incisive, le jeu théâtral d’une précision horlogère.


Châteauvallon – Scène nationale
795, chemin de Châteauvallon
BP 118
83192 Ollioules cedex
04 94 22 02 02
www.chateauvallon.com


Théâtre Liberté
Grand Hôtel
Place de la Liberté
83000 Toulon
04 98 00 56 76
www.theatre-liberte.fr