Le quartier le plus pauvre de France panse ses clivages sous le regard des artistes

Changer les signesVu par Zibeline

Le quartier le plus pauvre de France panse ses clivages sous le regard des artistes - Zibeline

Le centre ville marseillais est coupé en deux par la voie de chemin de fer. Deux tunnels routiers, nauséabonds et bruyants, sont les seuls moyens pour rejoindre à pied les 1er et 3e arr.d’une ville qui n’en a pas fini de panser ses clivages. Les Quartiers Créatifs, actions de participation citoyenne inventés par la Capitale culturelle, professent le regard artistique comme (un) remède aux plaies sociales. Dans le cas des tunnels Bénédit et National l’initiative artistique de la capitale, relayée par La Friche, a réussi à intégrer les habitants, et à forcer l’implication des collectivités dont dépendent les équipements urbains : si les tunnels restent pollués et sonores, s’il y pleut encore, l’éclairage est moins glauque, ils sont nettoyés et en partie repeints. Le port du masque n’est plus obligatoire, les asthmatiques sont admis et… il faut désormais y ouvrir les yeux !

Car les artistes offrent aux regards de quoi s’occuper le temps de la traversée. Voire de quoi y flâner ! Dans le Tunnel Bénédit des panneaux aux Mille signes offrent leurs pictogrammes au jeu du décryptage… Fréderic Clavère amuse ainsi les passants avec un jeu d’énigme, un habillage aux couleurs attractives, agrémenté de quelques messages subversifs. Boulevard National le tunnel est plus solennel, très haut, chargé d’histoire tragique puisque les bombardements alliés y causèrent en 44 des centaines de morts. Philippe Mouillon & Maryvonne Arnaud l’ont transformé en cathédrale laïque garnie d’Ex-voto, vœux des citoyens dont un œil, une main une bouche cadrés disent le besoin de respect, de réussite, d’air, de vie, en des slogans mis en boîtes élégantes.

Le 30 mars quelques manifestations festives, concert d’élèves, tarte aux pommes, caramel et petit train touristique accompagnaient, depuis la Friche, cette originale rénovation d’un territoire. Mais l’essentiel reste aujourd’hui à faire, sans quoi cet investissement artistique, modeste mais capital, manquera son but : la rénovation urbaine doit avoir lieu jusqu’au bout, dans l’intérêt concerté des habitants du quartier le plus pauvre de France.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2013