Entretien avec Ludovic Perney, Conseiller régional PACA en charge de la jeunesse

Changements politiques en PACA

Entretien avec Ludovic Perney, Conseiller régional PACA en charge de la jeunesse - Zibeline

L’année 2016 a vu la mise en place d’une nouvelle politique culturelle à la Région. Le président, Christian Estrosi, affirme son soutien et l’Assemblée a voté un budget en légère hausse (+ 200 000 €) par rapport à la mandature précédente. Mais les paiements des subventions sont pour certains très en retard, et d’autres ne seront votées qu’en octobre. Ce qui occasionne pour beaucoup des problèmes de trésorerie importants, d’autant que les associations culturelles semblent inquiètes quant à la disparition annoncée des postes ADAC (poste d’Agent de développement artistique et culturel, voir ci-dessous).

Mais c’est à propos de la suppression du Pass culture pour les lycéens et apprentis, que la presse s’est émue. Ludovic Perney, Conseiller régional en charge de la jeunesse, en explique les raisons.

Zibeline : En cette rentrée, certains ont dénoncé la suppression du Pass Culture par la nouvelle majorité régionale. Comment réagissez-vous ?

Ludovic Perney : Comment ne pas réagir en effet ? Le budget consacré à la culture est en progression à 53,2 millions d’euros en 2016 ; l’installation de la première Conférence permanente des arts et de la culture est unanimement saluée par l’ensemble du milieu culturel de la Région ; à l’initiative de Christian Estrosi, le Festival d’Avignon a pu éviter des difficultés financières qui auraient conduit à son annulation ; le soutien de la Région aux actions de culture mémorielle du Camp des Milles seront prochainement augmentées de plus de 150 000 € par an au bénéfice de la jeunesse de notre Région.

Nombre d’institutions culturelles ont vu leurs subventions augmenter cette année, à l’image, pour ne citer que celui-là, du Théâtre Liberté à Toulon, en veillant systématiquement à l’existence de tarifs préférentiels pour les jeunes ; la Région consacre en 2016 plus de 2 millions d’euros aux actions éducatives culturelles au bénéfice des élèves de ses 150 établissements (181, ndlr) avec,  pour ne prendre que ce seul exemple, le dispositif Lycéens et apprentis au cinéma en 2016, fruit d’un partenariat entre la Région, le Ministère de la Culture, le Centre National de la Cinématographie et le Ministère de l’Éducation Nationale…

Bref ! Je m’arrête là, mais, vous comprenez bien que les engagements de Christian Estrosi en matière de politique culturelle et d’accès des jeunes à la Culture sont tenus. J’observe d’ailleurs, au passage, qu’aucun professionnel de la culture n’a pris part à cette campagne.

Reste que le choix fait par la nouvelle majorité a conduit à la suppression du Pass Culture. Quelles en sont les raisons ?

S’agissant du Pass culture, les chiffres sont clairs : un coût de 1,2 M€ pour les contribuables de la Région, et seuls 35 000 jeunes bénéficiaires, alors que 400 000 auraient dû y avoir accès… De fait 455 jeunes seulement consommaient effectivement les 9 chèques constitutifs du Pass. Les délais de traitement de commande, trop longs, nuisaient à l’efficacité et à l’image du dispositif auprès des jeunes. Résultat : son utilisation s’est effondrée avec une baisse de la consommation des chèques de 36% entre 2010 et 2015.

Fallait-il pour autant le supprimer purement et simplement ? Sera-t-il remplacé par un autre dispositif ?

Pas question de le supprimer purement et simplement ! L’enjeu, c’est de le réinventer, c’est de le moderniser pour qu’il retrouve son public. L’accès à la culture d’un jeune en 2016 ne peut pas reposer sur un dispositif digne des années 80. Il ne trouvait pas son public, et Christian Estrosi fait le choix d’une offre culturelle qui réponde aux besoins de la jeunesse de notre Région.

C’est à dire ?

Avec Chantal Eymeoud, Vice-Présidente en charge notamment de la politique culturelle, avec Maurice Battin en charge des lycées, nous travaillons à l’élaboration des fonctionnalités d’une carte jeunes qui comportera une offre culturelle ambitieuse et que nous dévoilerons d’ici la fin de l’année. Ce support numérique dématérialisé permettra de faciliter le parcours éducatif et la recherche d’autonomie de celles et ceux qui feront la société de demain. La culture, ce n’est pas une option, et pour nous, plus que jamais, c’est une priorité !

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL

La fin des ADAC

Ce dispositif d’aide aux entreprises culturelles leur permet depuis 2005 de recruter des Agents de développement. Les conditions ? Créer un poste, recruter en CDI selon la grille de salaire des conventions collectives. Et attester de la viabilité de la structure et de sa capacité, à terme, à financer l’emploi. L’aide, dégressive, se déploie sur 3 ans, pour un montant de 36 000 €.

(18 000 €, puis 12 000 € et 6 000 €). Inventif, ce dispositif a été copié dans de nombreuses régions, et a largement permis de structurer l’emploi culturel.

Cependant, étant donné l’état actuel du secteur, le dispositif peine à être, aujourd’hui utilisé pour créer des emplois structurants : un grand nombre de contrats ne parviennent pas à terme, et de nombreuses associations passent d’un ADAC à un autre, utilisant le dispositif comme un complément de subventions en forte baisse, surtout dans le Département 13.

La Région semble donc juger bon de revoir le dispositif. Les contrats signés seront honorés jusqu’à leur terme, certains seront encore votés à la dernière commission de 2016. Et la Région PACA promet de ne pas cesser l’aide à l’emploi culturel. Elle étudie actuellement le remplacement de ce dispositif par des aides à l’emploi correspondant aux filières de formation des artistes, techniciens et administratifs de la culture. Pour donner un véritable coup de pouce aux jeunes diplômés de la région, tout en continuant à aider le secteur culturel.

Vendre sa Villa

La Villa Méditerranée sera-t-elle vendue à la Ville de Marseille ? Le symbole d’une Méditerranée politique tournée vers la mer peine depuis 2013 à afficher une programmation et un fonctionnement clairs. Si aujourd’hui l’exposition des Rencontres d’Arles, et les conférences régulières du mardi, réunissent du public, elle coûte cher, et ses espaces sont peu pratiques. Qu’en faire ? La question se pose régulièrement. Il serait pourtant sidérant qu’elle devienne, comme la Ville semble le souhaiter, un Casino. Érigée pour favoriser un dialogue dont notre société a grandement besoin, le symbole de la transformer en lieu de jeu de hasard, est malheureux. D’autant qu’il n’est pas certain que l’architecture le permette…

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2016

Photo : Ludovic Perney -c- Région PACA – Almodovar Claude